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SUITE ET FIN

P.-S. 27 décembre 2011

SUITE ET FIN

Il m’arrive de me demander si ma grogne n’est pas aussi dirigée contre-moi-même ou plus exactement contre mes ignorances. D’une part, je ne me suis jamais intéressée à l’Autriche, je la connaissais donc très mal, et d’autre part, quand je lisais ou lis du Ingeborg Bachmann, du Robert Musil ou du Ernst Jandl, du Elfriede Jelinek ou du Thomas Bernhard…, ma liste est assez réduite malgré les points de suspension, je les lisais et les lis comme des auteurs appartenant à la langue allemande et non comme des auteurs autrichiens. Il m’est même arrivé d’oublier l’origine autrichienne de musiciens, d’écrivains comme Arthur Schnitzler, Adalbert Stifter, Stefan Zweig…

Le mot Autriche, si je l’examine aujourd’hui, recouvrait deux univers étanches : d’un côté de grands noms, qui, parce que grands, débordent leur appartenance historique, sociologique, géographique, de l’autre une Autriche stéréotypée, contradictoire, … Sissi… la valse… l’opérette…, la Sécession provocatrice… les images de pogroms, revanche de frustrés… Des noms, des mots tenus par des bouts de ficelle. Le flou idéologique propre à l’ignorance. L’Autriche comme province du sud de l’Allemagne, une extension de la catholique Bavière que je n’aime pas. Vraiment pas, malgré ses beaux paysages. Où un voisin catholique pouvait se refuser à saluer un voisin protestant, jusqu’à une date récente. Détail symptomatique au sens clinique. Une bonhommie apparente masquant la brutalité…

Après mon voyage à Vienne, ce pseudo-savoir confus, troué, sur un pays de langue allemande, avec de grands auteurs de langue – certes allemande, mais nécessairement traversée, non seulement par des dialectes locaux, mais aussi par l’histoire comme espace/temps spécifiques – me paraît étrange.

À Vienne, j’ai donc été confrontée à tout ce que j’avais négligé et qui me sautait au visage à tous les coins de rue sans que je comprenne ce qui se passait. À Vienne, j’étais dans l’Autriche réelle, avec ses accents, ses intonations singulières, exhibant de beaux restes pour pérenniser des stéréotypes commodes pour le tourisme, ceux-la mêmes que l’Exposition Pompidou, en 1986, avait d’une certaine manière magnifiés. Je me souviens des débats houleux que provoquèrent des visiteurs, vraisemblablement des exilés, autour d’une exposition qui, à leurs yeux, jouait le jeu du charme, de l’insouciance, édulcorant les ombres et parfumant les cadavres dans les placards de la vieille dame.

Oui, je crois bien que ma grogne vindicative est aussi tournée contre moi-même : serais-je allée à Vienne comme certains vont à Dysnéland ? Mon guide Michelin datait de 2002, j’avais pris mon temps. On a le droit d’être honteux, même si je pense qu’on a tous de petites cases poussiéreuses qui se sont bricolées à notre insu, avec des bouts de ficelle, cases qui attendent d’être visitées, dépoussiérées, nettoyées, reconstruites. Je m’y attèle.

Les archives de centre de documentation de la résistance autrichienne, le DÖW, sont précieuses.

Se trouve en permanence confirmés et la mémoire-Alzheimer et le constat fait à Vienne, à savoir que ce sont principalement les écrivains, les artistes qui viennent gratter, voire écorcher la mémoire des Autrichiens. Je découvre de nouveaux Hargneux. Dont un étonnant dynamiteur de la langue, pour qui la littérature était Verbrechensbekämpfung- guerre au crime et à la « réalité » telle qu’elle est dans son impénitente impudence « schamlos und unverbesserlich». Werner Kofler. Ces Hargneux agissent comme de l’acide chloridrique pur sur les beaux marbres, cm par cm. Auront-ils/elles raison de l’amnésie opportuniste, des non-dits ? Patience.

Chacun sait que, si la mémoire autorise qu’on se joue d’elle, la recrée à sa guise, elle reste gardienne cerbère de la férocité du réel à laquelle nous participons et qui, de temps à autre, fait des rappels intempestifs, douloureux, voire humilants, sous des formes inattendues. Obliques.

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