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Notes viennoises trouées

Relecture, jeudi 5 mars 2015

Premiers jours, du mercredi de mon arrivée au dimanche 11 septembre 2011

J’explore mon périmètre. Me donne des points de repère. Mais j’aime me perdre, il m’arrive d’oublier mes stratégies exploratoires (compenser un sens de l’orientation déficient), je refais deux, trois fois, le même parcours pour retrouver un point de repère, un croisement. Ce travail d’orientation accompli, on me prend pour une indigène et me demande le chemin. Je pavane !

Durant ces repérages, je découvre sans chercher. Et je dois chercher pour retrouver.

Le premier soir, à proximité de la Schwedenplatz, je tombe sur un petit monument de pierres grises dédiées aux « victimes de la guerre et du fascisme ». Je bute sur la généralité de la dédicace.

Traversant les ponts, face à la Schwedenplatz, je tombe par hasard sur la Maison Hundertwasser. Ses couleurs éblouissent, la grisaille des alentours s’estompe. Je pérégrine et découvre le Prater, me promène dans le parc, sans m’écarter du chemin par lequel je suis venue. Durant les pauses, j’observe les sportifs. Ça marche, ça court. À tous les âges. Gesund ! La mode des bâtons est assez grotesque.

Au croisement de la Post-Strasse et de la Fleischmarkt-Strasse, face à la Poste, une découverte désagréable : une vitrine anti-avortement. Une série de photographies de fœtus. Flanqués d’une vierge idyllique. Ça pue la guimauve, suinte de perversité. Un étalement sanguinolent improductif. Il faut faire un effort pour oser regarder la vitrine. Dans le périmètre, une Église jésuite, et des formes de l’ésotérisme de pacotille qui a nourri des responsables nazis.

Faisant mes courses dans cette rue, je vais devoir faire des détours.

Samedi 10 septembre

Je m’offre une ‘longue randonnée’ sur le Danube, eine Grosse Donaurundfahrt. J’ai mal choisi mon jour, trop de monde sur le bateau. Beaucoup d’Autrichiens, un groupe de bonshommes, buveurs de bière, qui finissent par chanter, me rappellent les Munichois. Pas un très bon souvenir. Étant donné la densité et le peu de places assises, je reste collée à ma place. Ennuyeux à la longue. Le Danube est un large fleuve, puissant, ni bleu ni beau. Les berges du tronçon parcouru sont monotones.

Une jeune femme qui ne cessait de me regarder, vient me demander si je suis ‘Mme X’, je n’ai pas compris le nom, mais je réponds non. « Vous lui ressemblez beaucoup, elle est très connue », elle aurait la même coiffure (cheveux très courts et cuivrés qui décoiffent bien des gens). Me voilà flanquée d’un sosie. J’ai le sentiment qu’elle ne croit pas à ma réponse, Mme X désire voyager incognito. À la descente, elle me saluera aimablement et me cèdera le passage. Échanges de sourires.

Le soir, je jette un œil sur la TV. Un film sur les Borgia avec ce grand comédien anglais, Jeremy Irons, qui appartient au panthéon de mes grands comédiens, dans le rôle de Rodrigo Borgia. Ignoble à souhait, et en même temps très humain. La tenue des contradictions est efficace, très intériorisée. La puissance en manteau de religion. Ils crèvent tous de mort violente. Un gros succès en Amérique.

Lundi 12 septembre

Au LEOPOLD MUSEUM

Découverte d’un peintre dont je n’avais vu que quelques toiles, qui jusque-là m’avait paru mineur : Egon Schiele. Ses mains, ses yeux, ses regards qui vrillent, ses maigreurs anguleuses, un art de la ligne économe. Il m’agite. Le rapport intense déborde la simple admiration picturale. Autre chose se joue dans cette empathie. Écrire pour cerner ce rapport inattendu. Mais je me méfie des recouvrements spontanés qui banalisent la peinture. J’ai besoin de temps pour comprendre ce qui s’est passé. Ce dont je suis sûre : c’est une peinture qui vient du plus intérieur, une peinture nécessaire au sujet-Schiele. En allemand, j’userai du terme Innigkeit. Des intensités. Du savoir sur les ombres du sexe, sur le corps chair/psychique…

Vendredi 16 septembre

Seconde visite au Musée LEOPOLD MUSEUM. Pour revoir Egon Schiele.

En fin d’après-midi, écoute d’écrivains autrichiens : Rund um die Burg

Hauptzelt. Programme dans la Tente principale

17 heures : Dietmar Grieser Das Zweite Ich

17.30 : Gertraude Portisch, der liebe Gott und die Großmama

18 heures : Doris Kbecht Gruber geht

18.30 : Ivan Ivanji Buchstaben von Feuer

….

Je rentre à pieds pour apaiser mes neurones. Nuit étoilée.

Lundi 19 septembre

Je lis un journal de rue qui traînait dans le tramway. J’apprends qu’une ministre, Maria Fekter, a dû s’excuser après avoir comparé la critique des banques et des riches à la persécution des Juifs. Sidération. Je glisse la page dans mon sac.

Arrivée au Quartier des musées, je bute sur une affiche politique dénonçant la Sau-Politik des Verts. L’injure est violente à qui connaît l’allemand, le ton est nazi. Journée néfaste, me suis-je dit. Je note dans mon agenda : emporter l’appareil photo !

Je passe ma soirée à pianoter sur internet, à lire les journaux. Il semblerait que seuls les journaux autrichiens parlent du ‘faux-pas’. Je ne trouve rien dans les journaux allemands consultés (FAZ, ZEIT). Et pourtant les propos ont été tenus en Pologne à Breslau, devant un aréopage international, mobilisé pour sauver la Grèce. Cette dame à belle prestance porterait les espoirs du ÖVP (Österreichische Volkspartei, Parti populaire autrichien). Les informations recueillies viennent se nouer autour de la phrase commémorative trouée « Victimes de la guerre et du fascisme ». Le flou fait sens. L’inculture historique de la dame et les préjugés que la comparaison trahit, interloquent, avant de se sentir envahi par la HONTE.

Je profite de ce passage par internet pour établir une liste de conférences qui pourraient m’intéresser. Je découvre, trop tard, un colloque sur la Shoah : Diesseits und jenseits des Holocaust. Aus der Geschichte lernen in Gedenkstätten. 15.–17. September 2011, organisé par ÖAW [Österreichische Akademie der Wissenschaften]. L’Histoire dans ses rapports aux monuments, lieux commémoratifs. J’aurais aimé poser quelques questions, connaître l’avis d’Autrichiens sur le monument dédié aux « victimes de la guerre et du fascisme...»

Chemin faisant, lecture d’un long et riche article de la revue Kakanien, KKT, liant l’innovation scientifique et la marginalité culturelle, à travers les intellectuels juifs entre les deux guerres, marginalisés par l’antisémitisme, exclus de l’Université. Etc. [WISSENSCHAFTLICHE INNOVATIONEN DURCH KULTURELLE MARGINALITÄT, Jüdische Intellektuelle im Österreich der Zwischenkriegszeit von Johannes Feichtinger (Graz), n° 23, 02, 2006] L’auteur fait référence à la théorie du sociologue Robert E. Park (Chicago) sur le marginal man et la marginalité comme stimulant créatif. À explorer avec distance.

Je projette une visite à Mauthausen.

Nouveau : j’achète tous les jours des journaux viennois, allemands.

Jeudi 22 septembre

ALBERTINA, DIE SAMMLUNG BATLINER, De MONET à PICASSO

Avant de saturer mon regard, je cherche à voir la collection de Carl Djerassi, un exilé du national-socialisme autrichien, père de LA PILLULE, qui partage son amoureuse collection de Klee entre Vienne (Albertina), sa ville natale et San Francisco (San Francisco Museum of Modern Art), sa ville-refuge. Le manteau bleu de 1940, l’année de sa mort, offre à voir une chimère qui m’accroche, inquiétante, poétique, alerte : une tâche bleue biscornue, aux contours incertains, d’où émergent quatre ‘pattes’ noires, bottées (?), surmontée d’une tête qui se serait logée dans une longue-vue, deux yeux phares regardent de face, des traits de pinceau d’un blanc sali ou déteint de bleu bordent la partie inférieure, la chimère a de l’allant, elle semble pressée.

Une expression allemande Mit vieren fahren/mener grand train se glisse subrepticement sous le titre. De quoi est-elle la métaphore? Aux jeux de la reconnaissance des formes, la tâche bleue ‘biscornue’ pourrait être forme humaine, emportée par la chimère vers un ailleurs. Lequel? Une œuvre sans mystère n’est pas un œuvre. Balançoire de 1914 invite l’œil aux jeux poétiques d’enchevêtrements de formes, la plume a dessiné quelque chose qui ressemble à une ville qui basculerait vers … l’abyme (?).

Après Klee, Schiele. Vienne qui ne l’a pas aimé, (il serait même plus aimé, aujourd’hui, à l’étranger qu’en Autriche, dit un ancien étudiant austrocisé par mariage), Vienne donc s’enorgueillit de posséder la plus riche collection d’Egon Schiele « au monde ».

SonnenuntergangCoucher de soleil me fait songer à Klee. Des affinités. Autant les figures humaines aux regards sans fond rayonnent leur inquiétude mélancolique, autant les paysages, très singuliers, chavirés, ont quelque chose de joyeux. Un effet des vibrations des couleurs contrastées ?

Et Dürer. Enfin ! La Schatzkammer, par chance, était ouverte. La main est tentée de caresser le lapin, l’aile d’oiseau et le tendre paysage. Un autre Dürer.

À proximité, des dessins de Schiele presque cachés. Fragiles et tendres.

Arrêt prolongé devant deux Picasso, La Femme au chapeau vert, 1947 et une toile joyeuse, Femme nue à l’oiseau. Un Francis Bacon (qui lui aussi toujours m’agite) inattendu, une Figure assise (1960) semble léviter, sur fond de bleu nuit et vert modulés picturalement. J’y vois un mouvement acrobatique de danseur ironique, sur le mode Pina Bausch.

Il me faudra revenir pour Max Weiler (un inconnu dont je découvre furtivement les dessins en pointillé). Des variations graphiques en mouvement. Légères.

À la sortie, je finis par remarquer, devant l’Albertina, un monument, qui jusque-là avait échappé à mon regard, malgré son volume, lui aussi dédié aux «victimes de la guerre et du fascisme». Aussi hideux que le premier, c’est-à-dire à la mesure de tout ce qui est tu (participe passé de taire et radical de tuer). Je savais que les Autrichiens avaient une mémoire historique en forme de passoire à gros trous, mais pas à ce point.

Diner au Dinr Gnam, restaurant viennois, qui semble connu, à proximité de l’Akademietheater où je vais voir Einfach kompliziert- Simplement compliqué de Thomas Bernhard. Belle prestation de Gert Voss. Un comédien vieillissant s’enregistre. Le phrasé s’écoule, fluide, l’ironie mélancolique agit en finesse. Une sorte de poème, en forme de monologue où l’existentiel, l’Histoire se glissent dans le quotidien de ce vieux comédien. Des restes de grand rôle, une couronne de roi (Richard III) qui ne suffit pas à faire du comédien un roi…

Le public est froidement attentif. Sensation étrange.

Fauteuil inconfortable, malgré son prix.

Dimanche 25 septembre

Promenade dans les jardins des Belvédère. Les pelouses sont rases, les jardins pauvres. N’ai guère eu envie de voir l’exposition Joseph Danhauser, Bildererzählung.

Je me promène dans les parages. Assise dans un jardin, à proximité des Belvédère, j’observe les promeneurs. S’arrête devant moi, un jeune couple qui parle russe. Ils examinent leur plan. Je les suis du regard, je le vois ouvrir les bras, pour désigner à la jeune femme, un monument qui, de loin, m’avait paru très soviétique. De fait, c’est un héritage de guerre, à la gloire de l’armée rouge. À Berlin, on peut voir un monument qui lui ressemble. Il était trop jeune pour avoir participé à l’occupation de Vienne. Un porteur de mémoire donc.

Le soir, je me promènerai dans les deux musées du Belvédère sur internet… Ça défile sous les yeux, les pieds dans les pantoufles. Pas désagréable. On peut ausculter les plafonds sans torticolis, valser avec les nymphes sans fatigue. Mièvre au naturel,  le stuc est photogénique.

Je parcours la FAZ du 23 septembre et lis un article de Carsten Knop sur la dynastie des QUANDT qui accepte, enfin, de revenir sur le passé nazi du patriarche Günther Quandt, «un entrepreneur sans scrupule», après un récent documentaire TV de la NDR, incisif, intitulé Das Schweigen der Quandt- Le silence des Quandt, que j’avais vu et qui fit beaucoup de bruit, provoquant une crise chez les héritiers. Un film d’Eric Friedler et Barbara Siebert. Les archives de la famille seront accessibles aux historiens. Qui reconnaît enfin ses dettes vis à vis des Travailleurs forcés. Ils ne se ruineront pas, les survivants sont peu nombreux. Carl-Adolf Soerensen, un des derniers Travailleurs forcés encore en vie, témoignait du règne du non-droit, du travail forcé, de l’exploitation (Unrecht, Zwangsarbeit, Ausbeutung).

Lundi 26 septembre

J’ai voulu voir la nouvelle bibliothèque sur la Urban Loritz-Platz. Un complexe ‘moderne’. La bibliothèque a l’air d’être perchée sur des escaliers vertigineux. Je m’y repose en lisant des journaux. Mais l’idée d’avoir à redescendre me donne le vertige. L’ensemble est laid, sans caractère, mais fonctionnel, semble-t-il. Les photographies promettent plus qu’elles ne tiennent.

Pause à proximité du Burgtheater dans un café pour touristes. Faut être fatigué pour oser y prendre place.

Au Burgtheater

Suis bien placée dans une ‘festloge’ au premier rang. Pour voir une pièce d’Arthur Schnitzler, Das weite Land- Le pays lointain, mise en scène par Alvis Hermanis. Une atmosphère de série noire américaine, qui joue de toutes les nuances de gris, du gris clair au gris soutenu en passant par des gris bleutés, etc. Beau. À l’entracte, je sors. Trop statique. Voire redondant.

Si le Burgtheater est impressionnant, la salle de théâtre, elle-même, manque de caractère.

Je rentre en moins d’un quart d’heure, malgré la distance à parcourir. Les tramways sont à l’heure, nombreux. Dans les capitales étrangères, la Parisienne a des complexes, car j’y mesure à quel point Paris est une ville sous-développée en matière de transport public. Ce qui en fait une ville de plus en plus difficile à vivre. Surtout quand on habite les quartiers de l’Est, métro, autobus sont surchargés. J’évite de me trouver dans les autobus à l’heure de la sortie des écoles, car j’ai honte de ce qu’on impose aux jeunes enfants. Coincés entre les jambes d’adultes. Oui, HONTE. Ce qui m’étonne toujours, c’est la patience des Parisiens/Parisiennes, de ces mères. Et quand ils/elles grognent, c’est pour s’en prendre aux voisins, ou aux conducteurs. Au lieu de s’en prendre aux politiques, aux maires et leurs entourages. On devrait les obliger à partager avec nous, le peu d’espace, qui nous est alloué.

Le jour de mon départ pour Vienne, le chauffeur de taxi me livra l’information suivante. Le Sénat commande des taxis pour sénatrices et sénateurs. Il arrive fréquemment, que le taxi doive attendre. Au bout d’un quart d’heure, le taxi a le droit de partir et de se faire indemniser pour la vaine attente. Raison de ces appels sans client? Le Sénat aurait un budget-taxi, pour éviter que ce budget ne soit rogné, on appelle des taxis. En bout :  une somme importante, car il faut multiplier la petite compensation financière par le nombre de taxis concernés (plus de 2000 taxis bleus en abonnement). Le chauffeur de taxi insistait. Ce sont nos sous, les sous des citoyens, ce sont mes sous, même si moi, j’en récupère ! répétait-il. On vous donne chaque fois, des raisons différentes… quoi qu’il en soit, c’est du gâchis. Gauche, droite, c’est la même chose ! Après un silence : Je ne sais plus pour qui voter, dit-il.

Il n’est pas seul dans son cas! Il faudrait créer le Parti des perplexes.

On comprend pourquoi, TOUS-TOUTES s’accrochent aux queues des casseroles du pouvoir. Avec quelque indécence, souvent. Ça nourrit copieusement, pieusement… son homme, sa femme.

Je me récite le poème de Prévert. Ceux qui pieusement, ceux qui copieusement…

Samedi 24 septembre

Je décide d’aller voir le Naschmarkt- Marché aux puces, dont il est souvent question dans les guides,  le «marché le plus grand et le plus connu à Vienne». Je le traverse au pas de charge, le trouvant étroit, surchargé. J’étouffe à l’air libre.

Je navigue dans les parages, découvre des bâtiments de la Sécession, qui auraient besoin d’être restaurés, une rue qui porte le nom* d’une résistante viennoise, la dédicace insiste sur son appartenance religieuse, une fervente catholique. L’insistance m’est suspecte.

(*J’ai perdu le petit papier sur lequel j’avais noté le nom).

Dimanche 25 septembre

Journée européenne du patrimoine. J’avais préparé une petite liste. La thématique du bois du néolithique à nos jours m’intéressait. L’héritage du patrimoine en bois est important dans ce pays de forêts. J’aurais aimé voir la Dachstuhl-Charpente du Hofburg, une construction en bois, puissante à en juger par les photos, le parquet du Palais Pallavicini (Roccoco II), le Betchor de la Franziskanerkirche et son vieil orgue, construit par Wöckher.

Une fois dans la rue, je renonce. Ça ressemble à une corvée.

Je m’offre une glace chez Demel et rentre.

Lundi 26 Septembre

Musée Léopold pour voir de nouveaux Egon Schiele et la nouvelle exposition Mélancolie et provocation –Melancholie und Provokation, Das Egon Schiele-Projekt

De nombreux  Schiele des années 1910-1918. Émotion. Le peintre est grand malgré sa jeunesse. De l’androgynat d’enfance. La mort est omniprésente. Associés aux marionnettes indonésiennes qu’il aimait, l’angularité des figures dévoile ses affinités. Une très belle toile, mystérieuse, aux couleurs sombres, des variations vibrantes sur les bruns pour figurer des moines au corps anguleux lourdement revêtus. Les regards sont anxieux qui trahissent un questionnement sur l’au-delà de la mort.

Le projet-Schiele n’est pas à la hauteur du thème. Des rapprochements hasardeux. D’immenses toiles d’Elke Silvia Krystufek entre autres, censées dialoguer avec le jeune Schiele. Mais les nus de Schiele sont dépourvus de la moindre particule de narcissisme complaisant, il visait autre chose avec ses nus, ses sexes en éventail. Provocation politique/métaphysique dans la Vienne des débuts du siècle, la Vienne de Freud. Ici, le corps nu rejoint le corps publicitaire. Plaisant à l’œil, les toiles sont belles. Sans mystère. Je n’ai pas réussi à m’intéresser aux dits dialogues avec Schiele.

Visite rapide du Mumok. Un très beau Picasso. Paisible, bien que janussien, en son centre. Des Richter aussi.

Il me faudra revenir. Saturation.

Je photographie l’affiche au ton nazi. La batterie lance un soupir de fin. Ai-je réussi à fixer l’affiche?

Je vais me reposer à la terrasse de la Palmenhaus. Agréable. Lis les journaux achetés. De nombreux articles sur la Physique et les recherches en cours au CERN. Passionnants. Une nouvelle physique semble émerger. Les physiciens osent à peine y croire. J’attends avec impatience la chute du mur où s’est logé le mythique Big Bang, le mur étant selon Étienne Klein, les limites de nos savoirs, eux-mêmes limités par nos instruments d’investigation. Le non-connu est infini…

Derniers jours

Déambulations aléatoires dans différents quartiers.

Retour au Prater. Je m’y perds. La nuit va tomber. De loin, j’entrevois, enfin, un autobus.  Dans quel sens faut-il  le prendre? Pas d’indications. Je monte dans le premier autobus, qui se présente, après avoir longtemps attendu, malgré l’accent viennois, j’entends un quelque chose qui ressemble à ‘Olympstadium’. De fait, l’autobus a pour terminal, le Stade olympique. Je reviens au centre ville par le métro.

Je me promets de revenir le lendemain pour comprendre comment je m’étais perdue.

vendredi 30 septembre 2011

Je me décide à faire une visite de touriste au Château de Schönbrunn. Une fois sur place, je me contente d’une courte ballade en calèche. Aucun désir de somptuosités princières. Une vache à finances. Faut payer pour entrer au parc, faut payer pour visiter les appartements, faut…, faut… faut… faux !

Je suis une intégriste de la République et de la Révolution française, surtout depuis ma traversée du nazisme et de l’aversion viscérale qu’ILS vouaient à cette Révolution, la plus radicale d’Europe. Le désir du pouvoir développe un flair infaillible pour repérer ses vrais ennemis. Julius Streicher associait Juifs et Révolution française.

Retour vagabond dans divers tramways, autobus. Avec le 49 et le 5, je traverse en oblique une partie de Vienne par le nord, vers l’est. Le terminus de la ligne 5, le Praterstern me paraît sans intérêt. Triste. Quartier de gare, beaucoup de bonshommes à la Godot, debout ou affalés. Des orientaux. À Vienne, les travaux dit pénibles (restauration, bâtiment…) sont assurés par des Autrichiens ou des Européens des Balkans. Comme à Prague. La main-d’œuvre immigrée à la française est rare. Ou invisible. Ils sont autorisés à vendre des journaux dans la rue ou dans un kiosque minuscule. Ils semblent un peu perdus. En marge.

Sentiment permanent d’hétéroclite. Les bâtisses de l’immédiat après-guerre sont laides, grises. De vieilles maisons aux façades parées face à des HLM sans style. Beaucoup de magasins de pacotilles. La modernité du Pont de la paix est stéréotypée. Du verre pour la Gare Franz St-Joseph qui agresse l’œil.

Revenue dans le centre historique, je me propose de faire quelques achats chez Julius Meinl am Graben. Au début de l’élégante Kärtnerstrasse, je sens glisser quelque chose entre mes doigts. Sans plus. Passant devant la bijouterie où j’avais remarqué la présence constante d’un gardien des lieux, ce gardien de la bijouterie Clef and Co. (je crois bien) me fait des signes impératifs, voyant que je ne comprends pas, il vient vers moi, important et sûr de lui, il me montre du doigt le seul petit papier blanc sur la rue pavée et luisante… « das gehört Ihnen ! – c’est à vous ! », l’accent est autrichien. Je reviens sur mes pas, ramasse le papier. Les horaires de L’École équestre espagnoleDie Spanische Hofreitschule, enroulés dans d’autres horaires, s’étaient échappés. Je repasse devant la bijouterie, le regarde, lui fais un geste amical pour le remercier. Devant son air surpris, il semblait avoir sursauté, je comprends qu’il n’avait pas eu l’intention de me prévenir de la perte de quelque chose, mais qu’il m’avait donné l’ordre de ramasser le papier que j’avais laissé tomber. Le gardien du seuil de la bijouterie était aussi gardien de la propreté viennoise. Méprise innocente et comique. Ça me rappelait la Suisse et la remarque amusée d’un critique d’art italien sur la relativité des points de vue : en Italie pour être taxé de fou, il fallait au moins jeter  un piano de valeur par la fenêtre, en Suisse, il suffisait de laisser tomber un papier dans la rue. Dans le centre historique de Vienne, une armada de balayeurs veillent à la propreté des rues. Saubere Stadt- Ville propre ! peut-on lire ici et là. Sous ma fenêtre, à 11 heures du soir, j’ai pu observer un balayeur. Il avait un air de pierrot lunaire, évadé d’une pièce de Beckett. Mais, dans le Centre moderne européen, UNO-City, au pied des tours, le sol était jonché de mégots de cigarettes. Pas l’ombre d’un balayeur. Deux poids, deux mesures, comme à Paris.

Je termine ma journée dans un restaurant italien proche de mon domicile. L’agencement simple de l’espace me rappelait un restaurant berlinois avec lumière à minima. L’antipasto de verdura était de qualité, le risotto, curieux pour mon goût, mais servi  chaud et crémeux.

Rentrée, je continue à lire le Roman de la Physique. Il est question de Brisante Ergebnisse, de wissenschaftliche Sprengstoff… (des résultats décoiffants, de la dynamite scientifique…) [Manfred Lindinger, FAZ du 28 septembre]. Une physique qui fait rêver. Qui devient aussi passionnante qu’un  » bon crimi  » pour le commun des mortels, dit encore Lindinger.

Samedi 1 octobre

Nuit des Musées. Dans ma poche un petit opuscule avec toutes les adresses. 660 musées. Je n’ai plus assez d’énergie pour me promener dans des musées, le soir, en compagnie d’une foule. Je l’ai fait à Berlin, avec des invitations qui permettaient de couper les queues. Que voit-on dans une foule ? Pas grand chose…

Lundi soir 3 octobre

Sur l’injonction d’une amie berlinoise, qui a pris soin de m’envoyer un mail pour me rappeler la date, je vois pour la première fois, Les Nibelungen de Fritz Lang, sur Arte, dans la version restaurée. Le Dragon et la forêt : époustouflant d’invention. Il me faut le revoir, la découverte ne permet pas de bien voir.

La haine incandescente des deux rivales, Brunehilde et Kriemhild, rivées à leurs désirs de pouvoir, provoque une fin apocalyptique. Prémonitoire. Auto-destructive aussi, cette haine, car pour mettre dans son lit, le roi des barbares, sage, mais hideux, il fallait avoir l’estomac bien accroché !

Les deux derniers jours

Promenade au ralenti dans le Stadtpark. J’y découvre un restaurant en bordure du Wienfluss asséché. J’y déguste une glace vanille délicieuse. Avec de la vanille de qualité, c’est devenu si rare qu’il faut le souligner. Même chez Bertillon, la vanille n’est plus qu’une étiquette des neiges d’antan ! Le lendemain, j’y bois un bon chocolat, déguste un savoureux Knödel aux prunes-Zwetschen-Knödel. Plus facile à manger qu’à prononcer. Mes souvenirs de Knödel allemands m’avaient interdit d’y goûter. J’avais tort. La qualité des mets dispense ce restaurant de publicité, on y croise une clientèle viennoise. Les serveurs ont de la classe sans être obséquieux. Découvert trop tard. Un bon souvenir.

On y servait à 14 heures, un Strudel sorti du four. J’arrivais trop tard. « Gnädige Frau, der Strudel soll frisch sein Chère Madame, le Strudel doit être servi frais !» Je le savais, mais j’avais plaisir à l’entendre, après avoir vu tous ces Strudel pour touristes, dont on méprise le palais. Les héritiers Demel aussi l’ont oublié pour faire recette facile.

Dernière soirée : à la terrasse de l’Urania. Il y fait froid. Mais j’aime les paysages urbains en bordure de fleuve.

Je quitte Vienne avec le désir de revoir Berlin…

Et une question : pourquoi n’ai-je pas aimé cette ville ? Pourtant agréable, nettement moins stressante que Paris, et moins chère. Il me reste bien des choses à voir, dans les musées… Y reviendrai-je ? Pas sûr.

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