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4 Empreintes (l’invisible)

Parler d’empreintes invisibles est une manière de rappeler certaines des déterminations qui habitent et orientent la formation professionnelle, même si mes années universitaires ont largement débordé la préparation du futur. J’aime apprendre et j’ai beaucoup découvert grâce (entre autres) à la richesse de la bibliothèque de la Sorbonne, les programmes de licence servant de grilles d’exploration.

Mais, mon goût de la peinture et de la littérature remonte loin dans l’enfance. C’est dans un manuel scolaire d’allemand que j’ai découvert «un» ange couvert de plumes, peintes avec un si minutieux plaisir qu’elles invitaient l’adolescente à les caresser comme le peintre avait caressé la toile de son pinceau. Coup de foudre, malgré la médiocrité des reproductions de l’époque qui avaient mis au premier plan l’ange à la collerette de cheveux-plumes, bagues aux doigts*… Je courus à la bibliothèque pour en savoir plus. Je me souviens avoir longtemps contemplé le Retable d’Issenheim, ses anges en concert, l’ange « élu » , le paysage fantastique et tourmenté qui enveloppe Marie, l’envolée flamboyante du Christ, étonnante d’audace. La découverte du Retable reste un souvenir, bien que lointain, encore chargé d’émotion. Je n’ai plus cessé de m’intéresser à la peinture. Dans le même livre, c’est la tristesse de l’ange de Dürer qui, par contraste, m’avait émue. Aujourd’hui, je sais qu’il dit la mélancolie des savoirs toujours troués. Je suis restée fidèle au maître Matthias Neithart, dit Grünewald dont la peinture déborde pour moi le message religieux et théologique. Le face à face avec son œuvre, des annnées plus tard, au Musée Interlinden de Colmar, fut un moment fort.

Je suis pétrie de littérature, aussi. Au lycée, je lisais Musset avec gourmandise, et Hugo avec application, dès la cinquième. J’ai retrouvé mes carnets de vocabulaire avec les exemples empruntés à Hugo quel riche vocabulaire ! Goethe et Faust, Milton et Satan, l’ange rebelle, étaient aussi de la ronde. C’était une époque où une enfant de famille sans livres pouvait découvrir la littérature à l’école.

La musique et la danse sont venues plus tard. C’est à Tübingen, ma première ville universitaire, que je découvris la danse moderne par le sublimissime danseur Harald Kreutzberg. Fascinée, j’ai déssiné pendant des semaines, ses mains et son crâne rasé. Avec un maigre talent. Pour m’offrir la place, j’avais sacrifié dix jours de nourriture. J’ai donc mangé, midi et soir, de la soupe au cube et à la semoule, au point d’en être dégoûtée à vie.

Les premières amours, dit un proverbe allemand, ne rouillent pas.

Si les empreintes de ces « choses » qui agitent, remuent ou simplement enchantent (je garde à ce mot de sa force passée), sont « classiques », ma galerie imaginaire contient en dominante des éléments de l’art moderne. Je suis de mon siècle pour le meilleur (pour le pire, d’autres s’en chargent). De Klee à Bacon en passant par Rothko… Rauschenberg… Pollock… Rancillac… la liste des œuvres mentalement emportées n’a cessé de s’allonger… Traces non hiérarchisées parmi d’autres traces de ces « extension(s) de la possibilité sur le monde » comme le dit finement Michel Deguy.

*On peut en voir une reproduction qui donne une idée de cette figure rêvée par Grünewald sur le site http://www.spiritualite2000.com/Art/Unterlinden/UnterlindenLeretabledIssenheim/photos/photo13.html

ou

http://www.musee-unterlinden.com/grunewald/001.html

qui organise jusqu’au 2 mars 2008 une exposition consacrée au peintre.

(Ajout du 28 janvier 2008)

feliepastorello-boidi

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