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5 Souvenir

COLMAR, EDWIGE FEUILLÈRE, GRÜNEWALD …

Le jour de la rencontre avec l’œuvre de Grünewald fut une journée particulière. J’étais installée dans un restaurant de Colmar, quand Edwige Feuillère entra avec un comédien du TEP (Théâtre de l’Est Parisien) que j’avais rencontré lors de la mise en scène par Guy Rétoré de L’opéra de quat’sous. Le maître d’hôtel manquait de place. Je les invitai à ma table. Je la revois, la tête recouverte d’un foulard sous lequel se laissaient deviner des ‘bigoudis’, le soir elle jouait dans un théâtre de Colmar.

Elle avait rendez-vous avec le Conservateur du Musée Unterlinden où je devais aller voir “mon ange”. Elle m’invita à les suivre. J’ai donc vu “mon ange” dans des conditions idéales, en dehors des heures d’ouverture, et surtout j’ai pu écouter les commentaires savants et précieux du Conservateur.

Les connaissances historiques n’ont pas modifié mon rapport à l’ange, elles l’ont enrichi et m’ont permis de comprendre pourquoi le Christ de Grünewald était un des rares Christ de l’iconographie chrétienne que je pouvais regarder avec émotion. La souffrance y est souffrance. Une souffrance interrogée par le peintre. Avec hargne. Cet homme souffrant dans sa chair a la sale gueule d’un homme qui en a trop vu et que seule la mort peut enfin délivrer. Les rescapés/ées, les assassinés/ées des camps de concentration et autres enfers terrestres ont des gueules semblables, des gueules qui témoignent. Pas des visages. Et quand ils/elles retrouvent progressivement leur visage, celui-ci est éclairé par un quelque chose d’indéfinissable.


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