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21/01/2014

SE RISQUER A REGARDER, SE RISQUER À ÉCOUTER

Filed under: CAMPS D'EXTERMINATION NAZIS, HITCHCOCK — fpbw @ 15:36

Ce matin du mardi 21 janvier 2014, comme tous les matins, je commence par lire le journal. Le Monde en check-list annonçait la restauration d’un documentaire réalisé par Hitchcock sur les  camps de l’Extermination:

« Hitchcock et la Shoah Memory of the camps, un documentaire rare d’Alfred Hitchcock sur la Shoah, va être restauré par l’Imperial War Museum de Londres, à l’occasion des 70 ans de la fin de la seconde guerre mondiale. Mais on peut trouver ce documentaire sur YouTube depuis quelque temps.»

            http://www.youtube.com/watch?v=vrmfbdmquzu

Memoria de los campos (Subtitulada Español) 1945 Alfred Hitchcock

La voix de Hitchcock, neutre, lente, une sorte de musique de fond. Presque apaisante. Les plages de silence nombreuses. De fines modulations, la voix qui commente le cirque nazi des premières images est légère… le commentateur semble amusé, quand la caméra arrive sur les images du camp de Belsen, le timbre de la voix est un brin assourdi, mais le commentateur garde ses distances, s’interdit le moindre pathos, il respecte son objet qui interdit qu’on en rajoute… Cette voix distancée n’atténue rien, elle nous aide à avancer, à ne pas fuir, une manière de nous tenir la main dans les ténèbres…

*

À un moment où des quidams s’autorisent à rire sur le sujet, il importe de regarder ce documentaire jusqu’au bout. Une manière d’office religieux pour les victimes.

*

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16/01/2014

Kantorowicz Alfred, Don Quichotte germanique 1a)

INTRODUCTION GÉNÉRALE VOIR PAGES 


Mise à jour, le 15 JANVIER 2014

L’article a été coupé : 1a); 1b)

 

Alfred Kantorowicz*, une vie en forme de destin exemplaire de la sombre Histoire allemande, française, “socialiste”. Européenne donc. Une figure historique, au sens de sujet-historique** qui participe, à contre-courant, de la dynamique de l’Histoire-se-faisant.

*À ne pas confondre avec Ernst Kantorowicz, l’historien, prussien, nationaliste, combattant des Corps Francs, qui a contribué, d’une certaine manière, à paver la voie du national-socialisme.

** Cf. La très intéressante réflexion d’Élisabeth GUIBERT-SLEDZIEWSKI, Penser le sujet de l’Histoire, in PENSER LE SUJET AUJOURD’HUI, PARIS, MÉRIDIENS KLINCKSIECK, 1988.

On ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s’identifiant (63).

René Char

DIALOGUER

TRANSMETTRE

Plan

1a)

Parcours accidenté

1933, Exil en France
1936-1938, Brigades internationales (Espagne)
1938-1941, Exil dans la France de Vichy

1b)
1941-1946, troisième exil, Amérique
1946, retour in Germania, «mère blafarde»
Berlin-(Est)*
1957, Munich-(Ouest)*, nouvel exil
Hambourg-(Ouest)*, sortie relative du tunnel

* Avant la construction du mur (13 août 1961), il est surtout question de Zone (soviétique vs américano-/anglo-/française). L’emploi Est/Ouest anticipe ironiquement sur la réalité, chacune des parties évitant, officiellement, une précision qui entérinerait la division.

** Nota : la forme dialoguée n’est pas un artifice, le dialogue a eu lieu, mais sa mise en forme par l’écriture a induit des modifications dans le sens d’une plus grande précision, lui donnant un caractère hybride que j’assume.


— Qui est ce Kanto… dont tu ne cesses de parler ? me demanda mon neveu.

— Kantorowicz, dis-je en traînant sur les deux dernières syllabes, c’est d’abord ma bouteille d’oxygène ! Mon anti-dépresseur !

— On l’a compris ! mais encore ?

— Je commencerai par dire que c’est une âme vaillante, atteinte de cette ‘maladie de l’espoir’, de ces individus libres qui gênent tout le monde, parce qu’impossible à enrégimenter, individus qui paient comptant leurs engagements. L’ Histoire semble plus dure pour les [?, quel mot serait le bon ?], disons en allant vite, “individus éthiques” que pour les salauds. Elle prend même son temps, beaucoup de temps, pour s’intéresser aux ‘salauds’. Que de criminels nazis, et pas seulement nazis, ont échappé à la justice !

J’aurais pu commencer par dire : c’est un Juif allemand ou un Allemand juif. Mais, c’est déjà choisir un angle qui n’était pas le sien. Du moins pendant un temps. Exil in Frankreich 1), s’ouvrait sur cette question : « Suis-je exilé parce que Juif allemand ? » Après avoir examiné la liste des 28 personnes qui perdent la nationalité allemande 2), il répondait par la négative. De fait, la liste recouvre une grande diversité de situations économiques, politiques, confessionnelles, allant du député communiste bavarois, Hans Beimler qui avait réussi à s’échapper de Dachau et qui mourut à Madrid en décembre 1936, dans le combat contre les fascistes espagnols, Max Brauer, maire d’Hambourg et député socialiste, Willi Bredel, écrivain et métallurgiste de Hambourg, Leonhard Frank, écrivain pacifiste, Carola Neher, la Polly de L’Opéra de quat’sous qui mourra plus tard dans les prisons staliniennes, Dr. Otto Strasser, un ancien nazi, et en milieu de liste Alfred Kantorowicz. Cette liste :

« me montra que mon destin n’était pas déterminé par mon origine, mais qu’il s’agissait d’une décision libre et volontaire – beweist mir, daß mein Schicksal nicht durch meine Herkunft vorbestimmt war, sondern durch eigene freie Willensentscheidung. » (p. 9)

Certains ont voulu voir dans cette mise à distance des « origines », un «refoulement de sa judéité», un refoulement de communiste… Serait-il interdit, communiste ou pas, de s’éloigner du groupe qui vous inscrit, voire vous marque — enfant — du sceau de ses croyances, sans avoir à passer pour un renégat ou un ‘refouleur’ ? Même s’il est vrai, par ailleurs, qu’il était difficile de ne pas être juif, dans une société où l’antisémitisme se donnait fréquemment à lire, à voir, à entendre, dans l’espace public. Victor Klemperer, chroniqueur de l’époque, plus connu en France, notait dans son Journal avec tristesse et dégoût, le 26 décembre 1926, que les universités réactionnaires refusaient de nommer des professeurs juifs et les universités libérales qui «en avaient déjà deux, n’en prenaient pas un troisième». Des notes de 1926, 1927 pointent des stations balnéaires de la Baltique qui affichaient leur antisémitisme : Zinnowitz [île Usedom] se voulait judenfrei-libre de juifs, on y chantait une chanson, «à Zinnowitz, on ne voulait pas d’une race étrangère-fremde Rasse » (note du 20 août 1927). Le 11 juillet 1926, il disait avoir reçu de Vitte [île Hiddensee], un prospectus publicitaire avec la mention : «Il faut qu’il soit dit : que les Juifs évitent Vitte». Où l’on voit que des Juifs pouvaient être isolés, exclus, en certains lieux/temps, avant même que les nationaux-socialistes reçoivent le pouvoir.

— « reçoivent » ?

— Oui, « reçoivent » ! Je me refuse à employer Prise de pouvoir – Machtergreifung ! INEXACT ! On pourrait même dire recevoir sur un plateau des mains des dominants.

Dans les années 1924-1926, Victor Klemperer notait qu’en France, en Allemagne, en Italie, le nationalisme se développait, or le nationalisme est par essence exclusif. Les objets de l’exclusion varient suivant les lieux/temps, les groupes sociaux, mais l’exclusion, variable aussi en intensité, est consubstantielle au nationalisme. On comprend pourquoi l’INTER-nationalisme communiste pouvait constituer, utopiquement, une porte de sortie, pour qui cherche à se construire en choisissant ses buts et ses fins. En 1957, quatre ans après son voyage à Auschwitz, qui est un retour à sa judéité, quand il envisage de fuir en RFA, il se demande avec inquiétude quel pourrait être le destin «d’un Juif de gauche» dans l’Allemagne d’Adenauer. Car, Kantorowicz est juif, ou plus exactement fils de Moïse, prophète au sens judaïque, par ses rapports intransigeants à l’éthique (respect de la vie, donc attention à l’autre, désir fou de justice, des valeurs universalisables et universalisées dans les utopies), les prophètes juifs sont de farouches invectiveurs qui dénoncent les compromissions, ce pain quotidien des humains (juifs/non-juifs). Ce qui lui donne une certaine raideur plus apparente que réelle, car cette exigence éthique est source de souffrances. Une injustice patente lui coupait le souffle-Atemnot 3). De l’ordre de la somatisation et non du pathos phrasé. Non pas «haine de soi» (une catégorie qui sert à expliquer tout et n’importe quoi), mais une exigence éthique qui le coupe des groupes sociaux (juifs/non-juifs), des individus (juifs/non-juifs) qui avalisent des formes de l’injustice. L’éthique comme forme de vie façonnée par soi dans ses rapports aux autres, sans référence religieuse, ce qui exclut — aussi — la vérité marxiste comme forme substitutive à la religion traditionnelle.

[Parcours accidenté]

Mais, commençons par le commencement ! Il naquit en fin de siècle, 1899, à Berlin, le 12 août. Dans une famille juive qui avait intériorisé les valeurs ‘prussiennes’ (ordre, discipline, etc.). Les rapports au père resteront tendus. En 1916, à 17 ans, patriote comme de nombreux jeunes bacheliers allemands de l’époque, il s’engage. Blessé, il est décoré de la croix de guerre. Après la guerre, il mène une vie d’étudiant besogneux, fréquente différentes universités, Berlin, Frieburg/Br., Munich, Erlangen, dans deux disciplines, le Droit et la Germanistik (comme option). Il en sort avec le titre de Doktor en 1923, avec un sujet juridique, ‘sioniste’ : «Les fondements du foyer national juif en Palestine au regard du droit international- Die völkerrechtlichen Grundlagen des nationaljüdischen Heims in Palästina». À Erlangen, Munich, il avait dû affronter l’antisémitisme radical de la gent estudiantine «völkisch».

De retour à Berlin, il fréquente les milieux littéraires, artistiques. Il renonce à la carrière juridique, une manière de marquer ses distances avec son père, décide de vivre de sa plume, devient journaliste et écrivain.

Après avoir fait ses apprentissages dans différents journaux — la Westfälische Neueste Nachrichten (Bielefeld), la Vossische Zeitung à Berlin, appelé par Monty Jacob, impressionné par un article sur l’expérience du Front — il se voit confier le Feuilleton et la critique théâtrale de la Neue Badische Landeszeitung. Devenu correspondant de plusieurs quotidiens (Leipzig, Königsberg, Cologne, Magdeburg), il est chargé de rendre compte des événements culturels (art et théâtre) du Sud-Ouest de l’Allemagne.

Il est envoyé à Paris fin 1927 comme correspondant, entre autres de la Vossische Zeitung. Pour l’anecdote, il loge Rue de Tournon, à Hôtel Helvetia. Quand il rentre en 1929, il hésite, dit-il, à s’engager politiquement, redoutant les organisations, il publie un essai au titre symptomatique dans la revue Die Tat, Entre les classes Zwischen den Klassen 4). Une manière de «battre en retraite» (ein Rückzugsgefecht) dira-t-il. Il s’y s’affirmait individualiste. Kantorowicz sera toujours porté par un Ethos humaniste pour qui la «raison», l’éducation (culturelle, politique, civique, etc.) sont déterminantes. En septembre 1939 dans ses Journaux de nuit, il précisait ainsi son utopie allemande: «L’Allemagne de l’intériorité- Deutschland der Innerlichkeit» contre celle de la puissance (note du 6 septembre 1939). Autant de racines de ses difficultés avec le Parti communiste, l’individualisme, l’intériorité, ces «survivances petites-bourgeoises» étant suspectes. Des questions centrales.

— Pourquoi ‘central’ ?

… La négation de l’individu n’est pas sans rapport avec la négation du Sujet (terme générique ici). Le NOUS faussement inclusif où l’hétérogène devient homogène ! Ce que ne cessaient de dire des poètes. En URSS en particulier. Des enjeux qui débordent les critiques apparemment anodines, l’emprise consenti ou imposé du collectif sur l’individu produit toujours des effets douteux, voire ravageurs dans la pratique et dans la théorie politiques.

1929 est une période de crise aiguë, le nombre des chômeurs augmente, les nazis montent en puissance, en 1931, il entre au Parti communiste à Berlin-Wilmersdorf. Un tournant décisif dans sa vie, mais aussi une rupture que l’on pourrait dire radicale, avec les valeurs dominantes de la société allemande, valeurs «germano-nationalistes», y compris dans les couches intellectuelles. En allant vite, on pourrait dire que les valeurs politiques, ouvertes sur le monde, qui avaient pris racine en Angleterre, en France, dans les Pays-Bas, au fil du temps, semblaient avoir, sinon ignoré l’Allemagne, du moins n’avoir pas réussi à trouver un sol d’ancrage. L’adhésion au PC d’Allemagne est donc un saut qualitatif.

Au moment de ce passage, il logeait dans la Colonie d’artistes (construite entre avril 1928-hiver 1931) sur la Laubenheimer Platz, il avait pour voisins des ‘marxisants’, les Bloch, Wilhelm Reich, Arthur Koestler, le chanteur «brechtien» Ernst Busch, Axel Eggebrecht, et quelques autres. La situation politique se dégradant, la Colonie d’artistes devint un «îlot rouge» qui s’organisa pour faire face aux provocations régulières des SA. Les réunions informelles — antifascistes — regroupant toutes les sensibilités politiques, se tenaient dans l’appartement de Kantorowicz qui commence à mener une vie de militant, distribuant des tracts clairvoyants, dont «Qui vote Hitler, vote la guerre – Wer Hitler wählt, wählt Krieg». Hitler au pouvoir, il résiste dans la clandestinité. Recherché par la Gestapo, il parvient à quitter l’Allemagne pour la France, en passant par la Suisse, mi-mars 1933, échappant ainsi à la descente de la police prussienne, accompagnée par des SA, dans la Künstlerkolonie, le 15 mars. Arrestations, saisie de documents, de papiers personnels.

[Premier exil]

En ces temps, la France accueillait les exilés antinazis, sans grand enthousiasme, mais sans difficultés majeures. De plus, il était en règle, je veux dire, qu’il avait un passeport en cours de validité.

— “accueillir” ne serait-il pas impropre ?

— Oui, si tu entends recevoir favorablement, en ce sens, la France n’a jamais accueilli les migrants d’où qu’ils viennent.

Non, si tu l’entends au sens neutre recevoir une personne. De fait, les exilés, ces “cadavres en sursis” disait Goebbels, ouvriers, employés, intellectuels, ne furent pas très bien reçus. La presse de droite (80 % de la presse, alors) se déchaîna, et même à gauche, il fallut «réanimer» la flamme internationaliste… Mais est-ce un phénomène français ? À prouver ! Personne ne voulait de ces exilés (juifs/non-juifs). Surtout en un temps de crise économique qui exaspère les contradictions. La situation des exilés épouse l’air du temps, durant le Front populaire, leur situation s’améliore, lors des virages à droite, elle se dégrade… En 1933, on est dans l’émotion de ladite «prise du pouvoir» par Hitler, mais l’émotion retombe vite, dès octobre 1933, la législation se durcit, aux frontières les contrôles s’intensifient, favorisant l’immigration illégale. Et le travail clandestin ! Un vieux cercle vicieux, aujourd’hui bien connu, se met en place.

— Mais la France se dit et se répète LE Pays des droits de l’homme !

— Ne pas confondre les mythologies nationales comme idéaux et la réalité ! LA FRANCE est une abstraction et une manière de parler ! Les migrants ont affaire à des institutions, à des gens… D’une manière quasi générale et universelle , l’émigration provoque des sentiments ambivalents, contradictoires, et fluctuants. Y compris chez les Juifs, réputés pour leur sens de l’entraide. En 1933, quelques 6000 Juifs reçoivent une aide matérielle du Comité national d’aide et d’accueil aux réfugiés (créé par des organisations juives en France), en 1934, faute de moyens, l’aide se tarit, elle reprend sous l’impulsion des Juifs américains, mais aucun effort n’est fait pour faciliter l’intégration des Juifs allemands dans la société. Ajoutons que les exilés non-juifs, sans aide, lorgnent sur ces aides avec amertume ! Personne ne veut de ces exilés (juifs/non-juifs) et plus Hitler affermit son pouvoir, plus la situation des exilés devient difficile. Des comités d’aide (socialistes, communistes) s’organisent progressivement, mais la redistribution est conflictuelle, controversée — et souvent humiliante. De plus, le réseau a ses exigences qui souvent pèsent. Les colères de Kantorowicz contre les responsables de «l’assistance» communiste sont fréquentes… Bref, un lourd et douloureux chapitre ! L’aveuglement est général. Et les exilés qui ont compris ce qui se profile rament à contre-courant.

— Quel était leur nombre en 1933 ?

— Je ne me suis pas vraiment intéressée à la question. Des études existent aux réponses contradictoires. Le nombre des individus qui fuient leur pays pour des raisons politiques n’est jamais très élevé. On estime à environ 400 000, les individus de langue allemande (Allemands, Autrichiens, Tchèques) qui auraient dû quitter leur pays durant le IIIe Reich, dont 30 000 réfugiés politiques. Soixante-mille réfugiés seraient restés en France. C’est là un ordre de grandeur. Un chiffre (trop rond) qui ne tient pas compte des flux et reflux : en 1933, ce sont surtout les politiques qui fuient, en 1938, les persécutions s’aggravant, l’émigration des citoyens juifs s’accroît.

— Comparé à l’immigration actuelle, leur nombre est presque insignifiant ! Pourquoi en faire un problème ?

— Je suis incapable de répondre. Une question en soi, qui exige de procéder à des distinctions fines, les Journaux, témoignages des exilés, internés livrent des matériaux qui interdisent les globalisations. L’attente de certains exilés politiques, de certains intellectuels (sens large), qui perdent leur statut symbolique, dirait Bourdieu, n’a-t-elle pas été trop grande ? À trop aimer LA France, les progressistes allemands ont fini par confondre l’imaginaire de la liberté, de l’égalité, de l’interrogation critique — et la réalité toujours contrastée et contradictoire. Ton grand-père disait : quand on quitte son pays, il faut bien nettoyer ses semelles au passage de la frontière et ne compter que sur soi.

J’ouvre une parenthèse : j’ai appris récemment que le nombre des Juifs recensés en Allemagne le 16 juin 1933 s’élevait à environ 500 000 pour 67 millions d’habitants, à peine 0,75% de la population, par qui le « malheur de l’Allemagne » serait arrivé ! ET 80% étaient allemands depuis des générations… No comment.


Revenons aux stations de Kantorowicz ! À Paris, il habite dans une chambre mansardée dans le même hôtel où il avait logé du temps de son activité journalistique à la Vossische Zeitung. Il collabore au Livre brun sur l’incendie du Reichstag et sur la terreur hitlérienne 5), qui lui valut la haine tenace des nazis, bien que le chapitre sur la persécution des Juifs soit insignifiant, un doux murmure, presque gentillet, dira-il en substance. Il sera Secrétaire général de l’Association des écrivains allemands en exil et co-fondateur de la Bibliothèque-Libre allemande (deutsche Freiheits-Bibliothek), créée avec l’aide d’intellectuels français, anglais, sous la présidence de Romain Rolland, André Gide, H. G. Wells, Heinrich Mann. Une manière de répondre au 10 mai 1933, jour du premier autodafé nazi, y furent brûlés les livres des écrivains allemands les plus importants de l’époque. La bibliothèque avec ses 11 000 livres, ses journaux, son matériel illégal, lettres, témoignages, tracts, devient un centre d’information sur le nazisme et un lieu de rencontres. Elle initiera le célèbre Premier Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, en juin 1935, où «L’autre Allemagne», à laquelle Kantorowicz et les exilés d’une manière générale tiennent tant, est longuement applaudie dans la personne de Heinrich Mann.

En novembre 1934, il perd la nationalité allemande comme d’autres exilés politiques, ce qui fragilise sa situation d’émigré.

Non seulement la vie matérielle des exilés est difficile, mais la politique les divise, l’Internationale communiste (plus moscovite que communiste), aux agents parfois douteux et aux méthodes souvent discutables, s’efforce d’abord d’empêcher la formation d’un front commun avec tous les antifascistes pour combattre le nazisme et quand la stratégie change, elle s’efforce de mettre la main sur les organisations antifascistes. Les notes du Journal de nuit de Kantorowicz sont ironiques, amères, quand ce n’est pas désespérées. Il lui arrive de se demander s’il ne vaudrait pas mieux «crever (verrecken) en Allemagne, là au moins on saurait qui est son ami, qui est son ennemi, là au moins on saurait contre qui se battre […] Ici, aujourd’hui, on se sait plus si on doit se battre contre les nazis ou contre nos propres conseillés occultes (Geheimräte) qui nous empêchent de nous battre contre les nazis» [18 mars 1936, NACHTBÜCHER, p. 140, note 1)].

— ? ‘Conseillés occultes’ communistes ?

— Des passeurs d’ordres moscovites. Mais aussi deux stratégies qui continueront de traverser le mouvement communiste, l’antifascisme étant considéré comme une diversion pour les tenants de la Révolution mondiale. Diversion étant un mot faible…

(Mon neveu paraissait perturbé par ces arguments contradictoires, voire inconséquents, à ses yeux)

En 1936, il est invité par l’Association des écrivains soviétiques dans une maison de repos dans le Caucase. Une forme d’aide.

— 1936 ?

— Oui, les congés payés (2 semaines), la semaine de 40 heures en France… Après les élections [26 avril-3 mai 1936], la France est gouvernée par une coalition de gauche, premier gouvernement de Front populaire, dirigé par Léon Blum. Guerre d’Éthiopie, le fascisme italien rêve de conquêtes et se heurte à l’impérialisme « démocratique »…

ET les Jeux Olympiques à Berlin, dont un ami de Kantorowicz, Axel Eggebrecht, dira qu’ils furent moralement dévastateurs pour les opposants au régime, les participants si «merveilleusement» (wunderbar) traités par le régime étaient devenus aveugles !

— Je pensais à l’Union soviétique…

— Oui… une année ténébreuse… L’ère du soupçon et de la contre-révolution staliniennes ont mis fin à l’utopie d’un monde autre. L’avant-garde bolcheviste est décapitée. Arrestations, déportations, exécutions. Brecht perd de proches amis/amies, Tretjakov, Carola Neher, Asja Lacis… Qu’a-t-il vu, pensé, perçu durant son séjour ? A-t-il pris des notes ? Nature de son silence, relatif 6) ? Schizoïdie de celui/celle qui se heurte à la férocité du réel, mais veut continuer à « croire » à l’utopie ? «La croire» pour la faire advenir. La même année, André Gide, invité en URSS, publiait à son retour un essai critique qui fera scandale, à gauche. Mais Gide est un Français qui rentre chez lui, et donc protégé.

Mais bon… il faut se garder de trop grandes simplifications. Nateck 7) n’a cessé de me répéter qu’il y avait plus de démocratie dans l’URSS stalinienne — «à la base» (répétait-il) — qu’en France (celle des années anté- et post-68). La première fois, j’ai sursauté, mais l’argumentation a toujours été solide. Éclairage singulier et donc limité, certes, (il était très loin de Moscou), mais pas inutile pour éviter les trop grandes simplifications. De plus, on a de grandes chances de se fourvoyer, si on néglige les racines nationales-pan-russes du ‘communisme’ stalinien. La lecture de l’ouvrage de Henri Rollin, L’Apocalypse de notre temps (écrit en 1939, interdit et réédité en 1991) est utile pour entrevoir ces obscures racines.

Je me répète, il faut essayer de penser-chinois et non sur le mode dualiste occidental!

— Compliqué !

— Oui ! Compliqué de faire du neuf avec du vieux, quand ce n’est pas de l’archaïque! Compliqué de prendre les bonnes décisions, les pieds dans la gadoue! Banalité. Binsenwahrheit.

[Deuxième engagement, 1936-1938]

Last but not least, la guerre d’Espagne, où va se jouer le destin de l’Europe, commence en juillet. L’ Angleterre, la France lâchent la République espagnole, le gouvernement de Blum devient la cible des critiques communistes qui s’estiment trahis par cet abandon, l’Italie et l’Allemagne, plus conséquentes, soutiennent les fascistes. La chrétienté qui se pense menacée est défendue par les mercenaires du Rif qui avaient déjà maté — dans les rangs des armées colonialistes françaises, espagnoles — la première rébellion conduite par un des premiers nationalistes de haute stature, Abdel-Krim (1921-1926).

Les antifascistes européens (communistes (nombreux), humanistes, anarchistes, etc.) se rangent auprès des Républicains espagnols. Kantorowicz s’engage comme d’autres Allemands antinazis dans les Brigades internationales. D’abord simple soldat, ensuite officier d’information dans le bataillon de la XIIIe Brigade internationale, qui porte le nom d’un partisan russe, Tschapaiew, Le bataillon des 21 nations 8).

— 21 nations ?! (Rires) Comment faisaient-ils pour se comprendre, s’organiser en pleine guerre civile?

— Bonne question ! qui en fait lever d’autres. C’est une expérience majeure qu’il questionnera jusqu’à la fin de sa vie 9). S’y inventent des formes de communication translinguistique, des formes démocratiques de commandement, des engagés volontaires n’obéissent pas aux ordres de la même manière que des troupes mercenaires (ce qu’étaient pour partie les troupes de Franco).

Dans le Journal allemand, il en souligne la nouveauté. Les luttes de libération qui ponctuent l’Histoire humaine constituent des points d’appui: révoltes des esclaves de Spartacus, celles des paysans allemands dans la Guerre de Trente ans, des Grecs au siècle passé (1821-1830), pour leur indépendance, etc. Tschapaiew, le nom de ce berger russe, illettré, devenu le combattant héroïque de la révolution d’Octobre est un terme générique qui devra désigner l’ensemble de ces militants antifascistes venus de toute l’Europe. L’ouvrage Tschapaiew-Buch est une œuvre collective, écrite par 78 camarades d’horizons divers, ouvriers du bâtiment, de l’industrie, des mines, paysans, mécaniciens, pêcheurs, marins, 78 camarades de 13 nationalités, Espagnols, Allemands, Polonais, Français, Israéliens, Hollandais, Suédois, Anglais, Hongrois, Tchèques, Autrichiens, Yougoslaves, Suisses (t. II, p. 619). Ensemble, ils ont formé une communauté internationale de combattants de la liberté à un moment où les États démocratiques renoncent. Ça mérite d’être rappelé ! Non ?!


Je te demande, France, par pitié et comme faveur
Ta terre et ton chèvrefeuille.
La vérité de tes tourterelles et les naines iniquités
De tes vignes enveloppées de gaze. (III 1937)

Ossip Mandelstam, Les Cahiers de Voronej,
3è Cahier, Harpo &, traduction Christian Mouze, 1999

 

[Exil dans la France vichyste, 1938-1941]10)

Il revient en France, blessé, au printemps 1938. Avant que le pouvoir ne passe dans les mains de Daladier dont le gouvernement internera les combattants antifascistes qui se refugient en France après la défaite. Dans des conditions indignes. À Paris, il tente de soustraire la bibliothèque aux fonctionnaires du Parti. Après Munich, vécu douloureusement par tous les exilés, il s’installe dans le sud de la France à Bormes-les-Mimosas (Var). Il obtiendra une bourse de l’American Guild for German Cultural Freedom, qui lui permettra d’écrire Tschapaiew: Das Bataillon der 21 Nationen. Ernest Hemingway, ex-brigadiste et ami, qui appréciait son «inébranlable rectitude – steadfast honesty» l’aida financièrement. Le terme INTER-national déployait encore ses valeurs.

La situation des exilés antifascistes, antinazis se dégrade. Des pages sombres de l’Histoire de France s’écrivent. Amer, il notait :

«Dans la presse française à sensations, dans les journaux locaux et naturellement dans la majeure partie de la presse de droite, il y avait durant cette “drôle de guerre” plus d’articles incendiaires contre les réfugiés sans défense venant de l’Allemagne nazie que de discussions avec les opposants à la guerre.» (t. 2, p. 93)

Il collectionne les exemples les plus sordides qu’il colle dans les pages du Journal. Les Français battus sont à la recherche de boucs émissaires et les réfugiés à gueule de métèques sont des cibles de choix. Pour l’élite pensante et gouvernante de la France, l’ennemi n’est pas Hitler, mais les gens de gauche, et donc les opposants qui ont fui le nazisme, suspects de sympathie communiste. «La renommée séculaire de la France comme terre d’asile et la bonne réputation de l’hospitalité française en ont pris, à l’époque, un sacré coup !» écrira-t-il dans l’Exil en France (p. 74). Pis, c’est une histoire d’amour déçue, douloureuse pour tous les exilés (juifs/non-juifs). Les mythologies finissent toujours par se fissurer. Kantorowicz cite l’exemple de Juifs (par ailleurs très ignorants et/ou aveugles) qui avaient fui la Belgique et la Hollande qui, en 1940 encore, préféraient retourner en zone occupée, plutôt que de rester dans le camp de St-Cyprien, «l’enfer de Perpignan», car «rien, ne pouvait être pire». «Un paradoxe à peine croyabledie kaum glaubliche Paradoxie» (t. 2, p. 200-201).

Comme tant d’autres antinazis, Kantorowicz est interné au camp Les Milles (Aix en Provence), une ancienne fabrique de briques, il y rencontre des artistes de l’art ‘dégénéré’, Bellmer, Max Ernst, une ombre, note Kantorowicz. Mais aussi des antinazis qui portaient encore les marques de leur passage à Buchenwald, à Dachau, et dont on imagine sans grands efforts le désespoir. Des Juifs orthodoxes qui construisirent avec les débris de briques un espace de prière pour la fête de Yom Kippour. Des légionnaires dont certains, couverts de médaille, une jambe ou un bras laissés sur les champs de bataille français, ne parlaient même plus allemand. Des ouvriers sarrois qui, lors du referendum de 1935, s’étaient compromis contre Hitler, pour la France, dont quatre étaient mariés à des Françaises. Des Tchèques qui arrivèrent enchaînés. «Grotesque» écrira Feuchtwanger dans son Journal. Dans quel dictionnaire trouver le mot exact pour désigner le comportement des autorités centrales françaises, vis à vis de ces citoyens européens fuyant le nazisme ? Aux Milles, il était tous les jours question de suicide et des moyens sûrs et indolores de le réussir. Le matin du 21 juin 1940, Lion Feuchtwanger, alerté par un jeune médecin autrichien découvrit Walter Hasenclever, écrivain, co-fondateur de l’expresionnisme allemand, plombé sur sa paillasse. Il avait avalé des somnifères, la veille de l’évacuation du camp. On lui infligea, en vain, un lavage d’estomac.



J’allai à l’infirmerie pour voir Hasenclever. C’était une bâtisse de pierre, nue et misérable. Les malades étaient couchés sur des lits de camp hors d’usage, ça puait. Là, dans une sorte de réduit gisait Hasenclever. Son visage était cramoisi, son cou boursouflé, sa langue pendait, épaisse et violacée; effets du lavage d’estomac, me dit-on. Il râlait fort. Deux médecins étaient auprès de lui, un Allemand et un Français. On m’assura qu’Hasenclever n’était plus conscient, qu’il ne sentait plus rien, qu’il n’entendait plus rien. Le Français estimait qu’il restait encore de l’espoir, l’ Allemand assurait le contraire.

Le 28 juin, à Nîmes, il note dans son Journal, la nouvelle de la mort de Hasenclever, abandonné aux Milles.

Lion Feuchtwanger , Der Teufel in Frankreich, édition Aufbau, 1992, p. 139 ; p. 292.


Dans la France de Vichy, ces opposants nazis ou fuyant le nazisme, sont le plus souvent placés devant l’alternative suivante : l’internement (et à terme leur «livraison» aux nazis), ou l’engagement dans la Légion. Qui ne protégeait pas toujours la famille de la déportation. Kantorowicz refuse l’engagement dans la Légion, «cette police coloniale» :

«Quelques–uns se demandaient pourquoi un ancien des Brigades Internationales en Espagne, ne s’était pas engagé dans la Légion comme si c’était la même chose : combattre comme volontaire dans les Brigades Internationales contre le fascisme ou s’engager avec les aventuriers de tous les pays pour une solde dans une troupe qui a été créée pour maintenir le joug colonial. S’il y avait eu une brigade allemande formée de volontaires antifascistes, je me serai engagé, comme je me suis engagé en 1936 dans les Brigades Internationales en Espagne. (t. 2, p. 37)»

Arthur Koestler, avec qui Kantorowicz était entré au Parti communiste, interné au camp de Vernet, fera de la Légion étrangère une porte de sortie de la France, il s’y engage, change d’identité, déserte et rejoint Londres. Il fait le récit de son expérience française dans La Lie de la terre- Scum of the earth, 1941.

L’armistice signé, après la guerre-éclair (10 mai 1940), les émigrants sont livrés à la Gestapo, à partir du 27 août 1940. Clause dix-neuf du traité d’armistice.


René Char résumait ainsi la situation avec son habituelle hargne éthique: « La France a des réactions d’épave dérangée dans sa sieste ». Ce que le Journal de Lion Feuchtwanger confirme, désorganisation, je-m’en-foutisme, corruption, voire antisémitisme de certains officiers ou sous-officiers du camp (mais pas seulement) comme compensation, voire « revanche » sur la défaite, et selon Feuchtwanger sur l’Affaire Dreyfus …


Suite Deuxième partie,1b)

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1. Exil in Frankreich, Merkwürdigkeiten und Denkwürdigkeiten, SCHÜNEMANN UNIVERSITATSVERLAG BREMEN, 1971. Complété en 1995 par la publication des NachtbücherJournaux de nuit par Ursula Büttner et Angelika Voß, aux Éditions Hans Chritians, Hambourg. Un beau travail.

2. Liste publiée dans le Deutschen Reichsanzeiger et dans le Preußischen Staatsanzeiger, le 3 novembre 1934.

3. Nachtbücher, 13 août 1939, p. 269.

4. Jg.21, 1929-1930, p. 765-771

5. Le Livre brun parut à Bâle en 1933.

6. Il publia deux articles, dans le Pariser Zeitung, l’un sur le Festival de théâtre à Moscou, de septembre 1936, Das Theater der Völker (22.09.1936, n° 103), le second sur Moscou en plein développement, Verwandlung einer Stadt, daté du mardi 17 novembre 1936 (n° 159). Le ton mesuré est celui du reportage journalistique, écrit par un journaliste bienveillant, relativement neutre. Dans l’article sur le festival de théâtre, il souligne, la diversité des peuples qui composent l’URSS, comme aurait pu le faire pour n’importe quel journal, un correspondant intéressé par la diversité et séduit par la dimension folklorique des costumes et comportements. L’article sur Moscou, en plein développement, commence par une comparaison : Moscou visité en 1929 et le Moscou de 1936. Il ne peut noter que des améliorations, les rues y sont devenues praticables, même s’il reste encore beaucoup à faire, la surface habitable est en progression, même s’il reste encore beaucoup de logements à construire. Et cetera. Deux articles, bien documentés, dignes de la bonne presse ‘bourgeoise’. La comparaison avec la presse communiste européenne (française, italienne) plus laudative permettrait-elle de lire entre les lignes des critiques non formulées ?

7. Nateck Globus avait d’abord fui la Pologne après avoir assisté au massacre de sa famille par les nouveaux conquérants de l’Europe. Il vécut en URSS comme ouvrier jusqu’à la fin de la guerre. Dans la région de Taschkent. Puis, dissident communiste, il quitta sa terre natale pour la France, entra au CNRS, où il fit des découvertes importantes dans le domaine des champs magnétiques (physique des métaux). Il a dû se battre à la fois sur sa droite contre les féodalités spécifiquement françaises (on ne pouvait pas marcher sur les plates-bandes d’un prix Nobel français, par exemple, même si celui-ci avait tort. Ainsi, ce sont les Japonais et non les Français qui ont exploité son modèle), et sur sa gauche contre des syndicalistes pro- ou communistes, jouant le «gauchiste» de service. Je n’ai, hélas, pas réussi à lui faire écrire ses mémoires, qui relèvent du picaresque…

8. Kantorowicz Alfred, Tschapaiew: Das Bataillon der 21 Nationen. Dargest. in Aufzeichnungen seiner Mitkämpfer Otto Brunner, Ewald Fischer, W. Hofer u.a. Red. v. Alfred Kantorowicz, Madrid 1938 [Rudolstadt 1948 (gekürzter Nachdruck), Berlin 1956].

Wasilij Iwanowitsch Tschapaiew (1887–1919) est une figure héroïque et mythologique de la guerre civile russe, commandant de la 25e division, il joua un rôle déterminant dans la victoire contre les gardes blancs conduits par A. W. Koltschak. Audace, esprit de décision, soif d’apprendre, dévouement à la cause du peuple, autant de qualités dont avait besoin la brigade.

L’édition de 1938 contient 64 pages d’images (portrait, dessins, photographies, etc.) et 180 reproductions (articles du journal de la Brigade, notes de journaux privés, fragments de journaux muraux. Etc.). Je renvoie à une étude passionnante d’Anna ANANIEVA, Alfred Kantorowicz: Tschapaiew. Das Bataillon der 21 Nationen, étude qui appartient à un ensemble de recherches sur l’écriture littéraire de l’histoire, dans la littérature européenne, les médias. Recherches interdisciplinaires entre deux Universités, Barcelone et Giessen. Ananieva analyse les formes narratives, les techniques polyphoniques qui donnent la parole aux combattants (montage de documents, de voix, etc.). Des combattants qui écrivent eux-mêmes l’histoire d’un combat.

[L’étude est accessible sur le site http://www.stud.uni-giessen.de/~s4822/pdf/kantorowitz.pdf%5D

9. En 1947, Kantorowicz publie dans le premier Cahier de la revue Ost und West des textes de Georges Bernanos, Theodore Dreiser und Ilya Ehrenburg sur la guerre d’Espagne. En 1948 paraît pour la première fois en Allemagne, Tschapaiew. Das Bataillon der 21 Nationen, la même année, en 1948, il publie le Journal espagnol – Spanisches Tagebuch, Berlin 1948 [1949,1951], un texte plus personnel, à une voix.

En 1952, en RDA, l’Association des persécutés du régime nazi-Vereinigung der Verfolgten des Naziregimes (Hg.), publiait Vorwärts im Geist der Kämpfer der Internationalen Brigaden zur bewaffneten Verteidigung unserer Heimat und unseres sozialistischen Aufbaus, Dresden 1952. L’histoire de la XIIIe Brigade assume ici une fonction culturelle et formative pour la société à construire. Socialistement. En 1937, Tschapaiew visait à arracher à l’oubli l’histoire d’une brigade qui, isolée, tenta de défendre Madrid ; quarante ans plus tard, Kantorowicz lutte contre l’oubli politiquement programmé des combattants des Brigades internationales, la guerre d’Espagne sert donc dans les combats politiques internes à la RDA.

Avant sa mort, il travaille à une préface pour le Journal de guerre espagnol- Spanisches Kriegstagebuch qui paraîtra en 1979 dans la collection de la ›Bibliothek der verbrannten Bücher‹ des Konkret Literatur Verlags in Hamburg [et à Frankfurt a.M. en 1982]. Il soulignait l’historicité du point de vue, celui d’un exilé, lié au Parti communiste, dont il critique la politique, dans les années 1936-1937, »Die Neuauflage zeigt den Spanienkampf nicht aus der Sicht von 1979, sondern mit dem Bewusstsein eines exilierten, ausgebürgerten, mit der kommunistischen Partei verbundenen, aber ihrer Politik oftmals kritisch gegenüberstehenden Antifaschisten der Jahre 1936/37.«

10) P.-S. 2013

La Galerie-Librairie Alain Paire, Aix en Provence 13100, organisa en mars, une exposition sur le camp des Milles, produisant de nouveaux documents découverts par deux philatélistes du pays d’Aix.

[http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=154:le-camp-des-milles-internements-et-deportations-1939-1942&catid=1:exposition-actuellement&Itemid=2]

Le catalogue de la Galerie vaut le détour.

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