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Kantorowicz Alfred, un «destin» d’Européen

Ces bonheurs douloureux


On ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s’identifiant (63). René Char

Tandis que je travaillais sur le nazisme, pour m’oxygéner, je lisais des Journaux d’exilés. Dont le JOURNAL ALLEMAND – DEUTSCHES TAGEBUCH d’Alfred Kantorowicz*. J’avais lu précédemment son Journal d’exil en France, et le journal de Feuchtwanger, Der Teufel in Frankreich, inversion ironique de l’expression allemande Gott in Frankreich (être heureux comme Dieu en France). Des années grises.

* À ne pas confondre avec Alfred Kantorowicz, l’historien, prussien, nationaliste, combattant des Corps Francs, qui a contribué, d’une certaine manière,  à paver la voie du national-socialisme.

‘Mon’ Journal de lecture date d’octobre-novembre 1999*, j’avais commencé à Traverser le discours nazi, par l’analyse d’un texte de Julius Streicher, Die TalmudrevolutionLa Révolution talmudique, paru dans Der Stürmer à Nuremberg, le 8 novembre 1941 (p. 1-2). Ce premier texte analysé, choisi au hasard, s’est révélé être une concrétion de l’idéologie nazie avec ses visées d’extermination.

Les Journaux d’exilés furent de l’oxygène, et les internationalistes rencontrés chez Kantorowicz des «antidépresseurs».


… à tous les désenchantés silencieux, mais qui, à cause de quelque revers, ne sont pas devenus pour autant inactifs. Ils sont le pont. Fermes devant la meute rageuse des tricheurs, au-dessus du vide et proches de la terre commune, ils voient le dernier et signalent le premier rayon. Quelque chose qui régna, fléchit, disparut, réapparaissant devrait servir la vie : notre vie des moissons et des déserts, et ce qui la montre le mieux en son avoir illimité.

On ne peut pas devenir fou dans une époque forcenée bien qu’on puisse être brûlé vif par un feu dont on est l’égal.

René Char, Recherche de la Base et du Sommet suivi de Pauvreté et Privilège,  Gallimard, 1955


Je publie sur le site :

1. Kantorowicz, Don Quichotte germanique 1a); 1b). Qui est donc ce Kanto… ?
Nota : le dialogue a eu lieu, mais sa mise en forme par l’écriture a induit des modifications dans le sens d’une plus grande précision, lui donnant un caractère hybride que j’assume.

2. Kantorowicz de retour en Germanie, une mine historique. Le Journal de lecture porte principalement sur deux années, marquées par des événements importants : 1) 1953, une année de grands crus historiques (Archives, avril 2008) ; 2) 1956, l’année qui précède sa fuite (à venir).

Le Journal qui interroge non pas le biographique d’un individu, mais sa pratique politique, me paraît, comme forme individualisée du vécu historique, une « forme de l’écriture de l’Histoire ». L’individu qui pense son vécu, l’insère dans des systèmes conceptuels et produit des formes de connaissances objectives. Les différents journaux de Kantorowicz sont à cet égard exemplaires.

* La relecture du Journal de lecture en vue de sa publication ayant entraîné quelques modifications, j’ai supprimé les dates de rédaction (octobre-novembre 1999).

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P.-S. du Jeudi 13 mars 2008

Je ne résiste pas à citer un article du Monde du 13 mars 2008, signé par Raphaëlle Rérolle, sur le spectacle d’Erri De Luca qui rend hommage aux Don Quichotte :

Pas d’ornements, pas d’effets spéciaux – juste des voix et une ombre, celle du grand héros de Cervantès, “chevalier de l’impuissance”. «La chaise libre est pour le Quichotte qui se trouve peut-être ce soir dans la salle. Tous les soirs, dans toutes les salles, il y en a au moins un», prévient Erri De Luca au début de la représentation.

Mi-parlés mi-chantés, glissant du français à l’italien avec de petits crochets vers l’hébreu et l’espagnol (le tout traduit au fur et à mesure), les échanges s’organisent comme une sorte de vagabondage poétique et musical, semé d’humour, ponctué par quelques verres de vin rouge et toujours placé sous le signe de la résistance. «Les invincibles, explique l’écrivain, ce sont ceux qui, même continuellement battus, ne se laissent pas décourager. Quichotte est leur saint patron !»

Les voilà donc, les “invincibles” qui donnent leur corps à ce texte écrit par Erri De Luca et illustré par des vers de Nazim Hikmet, Rafael Alberti, Bertold Brecht, Izet Sarajlic, Giuseppe Ungaretti ou Boris Vian : les migrants que rien n’arrête ; le poète Izet Sarajlic qui resta volontairement dans Sarajevo bombardée ; le jeune soldat Ungaretti veillant un camarade mort au fond de sa tranchée ; la poétesse russe Anna Akhmatova, dans Leningrad en proie à la terreur, et même Moïse, le Moïse bégayant du Livre de l’Éxode, qui tente de convaincre Pharaon malgré les tours que lui joue sa langue.

Quichotte et les Invincibles, livre + DVD, Gallimard, 2008.

Je m’autorise à ajouter ALFRED KANTOROWICZ, à cheval sur un canasson, dessiné par un autre Don Quichotte, Honoré Daumier.


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