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30/12/2007

De l’intime nazi 2 : télex de Klaus Barbie

Une version légèrement plus académique et plus ancienne sur le site linguisitique TEXTO http://www.revue-texto.net/

Mardi 13 novembre 2007

J’ai vu le film de Kevin Macdonald, Mon meilleur ennemi, un documentaire sur Klaus Barbie. Je savais que certains hauts dignitaires du Vatican avaient aidé d’anciens nazis à fuir ;  je savais que les Américains et leurs alliés avaient  non seulement été pris d’une «fièvre amnistiante/Gnadenfieber», javellisant  de hauts responsables de la Wehrmacht  avec l’appui ‘moral’ de hauts dignitaires des Églises et autres institutions, mais qu’ils avaient aussi recyclé des criminels nazis dans le cadre de la Guerre froide ; je savais que des Italiens se posaient des questions sur les liens de l’extrême droite internationale et certains des attentats meurtriers attribués aux gauchistes. Je savais.

Je suis quand même sortie de la salle avec la gueule de bois. Quand le cynisme de certains hauts responsables de l’État américain et le cynisme de ce responsable de la Gestapo se font face, le citoyen lambda est si démuni qu’il en sort ou enragé ou désespéré. Et si le soir du même jour, il se trouve confronté à un autre documentaire TV sur l’extrême droite des pays de l’Est (mais pas seulement) où l’on voit des mecs hurler le sang doit couler à flots… devant des policiers qui n’entendent rien, il lui faudra du temps pour retrouver ses fondements.

Le pire serait d’entrer, à la fin du film, dans les raisons de Jacques Vergès, avocat de Barbie, qui établit un parallèle entre le cynisme individuel et le cynisme étatique, comme si l’un était le reflet de l’autre. Ce qu’ils ne sont pas, même si dans les deux cas, la fin justifie TOUS les moyens. Le cynisme de Barbie est une forme individualisée du cynisme d’État nazi, et non son simple reflet, le cynisme des États «impérialistes» de l’après-guerre vise à se protéger contre toutes les formes de contestation politique (perte des empires coloniaux, mise à mal de l’exploitation, etc.), afin de maintenir la société-telle-qu’elle-est. Sous couvert de « La défense de la liberté ».

Que les formes de cynisme d’État favorisent le déploiement de formes de cynisme individualisé est certain, mais les liens de cause à effet ne suffisent pas à en rendre compte.

Le documentaire de Kevin Macdonald manque de relief, les recycleurs de nazis et les victimes sont traités de la même manière, alors que les premiers auraient dû être questionnés avec vigueur, poussés dans leur retranchement. L’arrestation des enfants d’Izieu — LE crime contre l’humanité — aurait mérité un éclairage particulier. Pour traiter un tel sujet, au cinéma, il faut la hargne éthique d’un Peter Watkins.

D’où la publication de l’analyse du télex de Klaus Barbie, analyse qui remonte à mai 2000, après avoir analysé des rapports d’éxécution d’officiers (Oberleutnant Hans-Dietrich Walther, Oberleutnant Liepe). Dans le cours de ce travail d’analyse, qui s’étale de 1999 à 2002, c’est la répétition de certains mots qui a constitué un fil d’Ariane dans le choix des documents. Ainsi, c’est le mot aussuchen dans le rapport d’exécution de Juifs et de Tsiganes du lieutenant Walther qui m’avait intriguée. Lisant le télex de Barbie rapportant la rafle des enfants d’Izieu, je butai sur le mot ausgehoben que j’avais rencontré dans le rapport-Walther. Ma manière d’entrer dans ces documents pour les interroger. «Une accroche» nécessaire.

J’ai tenté de sauvegarder l’absence de pistes au départ en gardant les traces des retours sur l’analyse, comme traces du mûrissement. Mais la publication d’une seule analyse rend le projet difficile. Je tiens donc à préciser que je n’ai pas cherché à trouver ce sujet-cynique-et/ou tueur, ce double de l’énonciateur dans les rapports analysés, il s’est imposé à moi, j’ai même eu du mal à accepter son émergence, à admettre qu’une analyse de littéraire* pouvait être efficace sur du discursif pragmatique. Doutant, je me suis longtemps promenée avec ces rapports en tête, interrogeant à tout va, ressemblant à ces malades qui voient des dizaines de médecins avant d’admettre qu’ils ont un cancer. Pour continuer à avancer, je suis souvent revenue à mes bibles : Jean-Marie Zemb**, grammairien de l’infinie complexité du langage (allemand-français), Émile Benveniste (plan de l’énonciation), Gilles-Gaston Granger*** (plan de la signifiance avec la notion de redondances non aléatoires comme signes d’individuation), déployée par Henri Meschonnic au fil de ses travaux. Plus tard, la lecture systématique de documents, avec une attention particulière au comment c’est dit, effaça les doutes. Dans de nombreux rapports rédigés par des responsables SS, le signataire assumait les mesures, initiatives, les plus drastiques, c’est-à-dire criminelles. Cette publication isolée a pour but de faire écho aux propos de Klaus Barbie qui disait, à la fin de son procès, avec un doux sourire de vieillard inoffensif, ne pas avoir arrêté les enfants d’Izieu. De son côté, Jacques Vergès considérait le télex produit au procès par le Centre de documentation juive contemporaine, comme un faux.

La dénégation n’est-elle pas une manière de reconnaître l’inouï dont témoigne le télex «rédigé» le soir de l’arrestation?


Pour la notion d’intime nazi voir Pages

* Par analyse de littéraire, j’entends une méthodologie qui a fait son miel d’outils divers, dans le champ de la Littérature comparée. Un champ où théories et méthodologies (linguistiques entre autres) un temps à la mode y dévoilaient leurs limites en venant buter et sur la diversité des textes analysés et sur leurs singularités — allant du texte politique (Machiavel, Hobbes, Rousseau, etc.,) au texte littéraire (au sens traditionnel) — m’obligeant à des distorsions, adaptations, allant du structural au systémique et aux implications théoriques qui s’imposaient. Les travaux des linguistes américains sur les langues amérindiennes ont joué un rôle important, bien qu’indirect, pour penser à rebours, contre des traditions culturelles, leurs représentations et leurs limites.
** Jean-Marie Zemb, Vergleichende Grammatik : französisch-Deutsch. Comparaion de deux systèmes. Ie partie Mannheim-Vienne-Zurich, Bibliographiches Institut (Duden-Verlag) 1978-1984 (Duden-Sonderreihe vergleichende Grammatiken.
*** GRANGER Gilles-Gaston, Essai d’une philosophie du style, Paris, Librairie Armand Colin, 1968. Granger a levé le défi d’analyser les processus d’individuation dans un champ inhabituel, les sciences mathématiques, par et dans le langage, à un moment où le Structuralisme (ici, terme à valeur générique) et les linguistiques alors hégémoniques ignoraient et l’énonciation et le sujet. Malgré de Saussure et Benveniste.

Pour plus de détails, voir FRAGMENT 4 dans Mémoires croisées [II. Temps des rénovations pédagogiques : au plan théorique/méthodologique] (À venir).

Même dans une proposition simple et banale, sans greffes ni surcharges d’aucune sorte, on entend mille fois plus que ce que certains disaient entendre, croyant que la communication pourrait se décrire à l’aide de la métaphore de la boîte noire et du message qui doit entrer et sortir identique pour garantir la compréhension parfaite dans une sorte de paradis (terne) de l’univocité.

Jean-Marie Zemb, t.1, p. 649

DE L’INCLASSABLE

ANALYSE DISCURSIVE DU TÉLEX DE BARBIE

Mai 2000


Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri.
René Char


Une nouvelle accroche. L’officier de la Wehrmacht, Hans-Dietrich Walther, décrivant la place d’exécution idéale, avait usé du verbe substantivé Das Ausheben pour évoquer le creusement des fosses – Das Ausheben der Gruben dans un sol ‘propice’ (günstig). Klaus Barbie, SS-Obersturmführer, use du même mot dans un télex, daté du 6 avril 1944, 20 h.10, Lyon, pour rendre compte de la rafle des enfants d’Izieu :

IN DEN HEUTIGEN MORGENSTUNDEN WURDE DAS JUEDISCHE KINDERHEIM “COLONIE ENFANTS” IN IZIEU-AIN AUSGEHOBEN. INSGESAMT WURDEN 41 KINDER IM ALTER VON 3 BIS 13 JAHREN FESTGENOMMEN 1). FERNER GELANG DIE FESTNAHME DES GESAMTEN JUEDISCHEN PERSONALS. BESTEHEND AUS 10 KOEPFEN. DAVON 5 FRAUEN. BARGELD ODER SONSTIGE VERMOEGENSWERTE KONNTEN NICHT SICHERGESTELLT WERDEN = DER ABTRANSPORT NACH DRANCY ERFOLGT AM 7.4.44.

Der KDR, DER SIPO UND DES SD LYON 4 B 61 :43
A. GEZ. BARBIE SS-OSTUF

Ainsi traduit 2) :

Ce matin, maison d’enfants juifs “Colonie d’enfants“ à Izieu (Ain) a été nettoyée. 41 enfants au total, âgés de 3 à 13 ans, ont été capturés. En outre a eu lieu l’arrestation de la totalité du personnel juif, soit 10 individus, dont 5 femmes. On n’a pu s’assurer ni de l’argent comptant ni des valeurs diverses. Le transport à Drancy aura lieu le 7.4.44.

*

Ausheben, un même verbe donc pour creuser des fosses dans un sol « propice » et vider un foyer de ses occupants — en ce cas de très jeunes enfants.

*

Stéréotypie « bureaucratique » …

Pour un non littéraire (je veux dire pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude de flairer les textes), ce télex est un modèle de stéréotypie bureaucratique, que l’on pourrait résumer dans la formule paradoxale : un ici-maintenant sans je, où l’essentiel est masqué 3). Les phrases sont droites, grammaticalement bien cirées. Nulle trace de pathos à la Streicher.

L’énonciation exige un je (locuteur) qui énonce dans un espace/temps, or dans ce télex, le je a disparu. Comme dans le rapport du lieutenant Liepe dominent les formes impersonnelles :

  • forme passive des formes verbales qui effacent le sujet (grammatical) de l’action,
  • formes de passivation renforcée par l’absence d’agents ;
  • temps indéfini du participe présent qui évite la subordination– bestehend / se composant de ;
  • verbe impersonnel gelingen

    La dominante de la non-personne (dans la terminologie de Benveniste) crée ipso facto la distance entre le rapporteur et son énoncé qui paraît relater objectivement les faits pour un tiers — en ce cas, les instances hiérarchiques. Notons que ce type de distanciation est une caractéristique des discours institutionnels (juridiques, militaires…), les agents apparaissant comme de simples fonctions, l’énonciateur effaçant sa place de producteur, mais il arrive que l’effacé revienne comme un acteur valorisé.

    … effacement illusoire

    Mais la stéréotypie du discours impersonnel, sans agent, ne doit pas faire illusion, le sujet de l’énonciation est présent, pis, il s’ex-hibe avec son double.

    Dans le rapport télexé de Barbie pouvait être dit en deux lignes, ce qui est dit en cinq. L’organisation de l’information fait donc système et donne valeur à certains mots, expressions, répétitions, précisions temporelles, adverbiales placées en tête des phrases. Il importe d’examiner avec soin cette organisation, et de la traduire avec précaution en restant au plus près du choix des mots, des formes verbales et syntaxiques.

    Le document s’ouvre sur une indication temporelle qui indique le temps réel de l’événement, objet du rapport dans la soirée.

    In den heutigen Morgenstunden – Aux heures matinales (d’aujourd’hui) est étrange dans un rapport, inutilement long, de plus le rythme croissant (1+1+3+4) inclut une pause avant le verbe et met donc en valeur cette précision temporelle. Il eût suffi d’ajouter l’heure à la date dans l’en-tête du rapport. Notons que cette indication temporelle est une forme de narration journalistique, fréquente dans le reportage (en allemand, français…) : ce lundi soir ; ce matin, aux aurores… 4). Du cliché.

    C’est donc aux aurores que le foyer d’enfants a été vidé — ausgehoben, un participe passé portant deux accents, en clausule, dans une phrase composée en dominante de trisyllabiques (forme répandue en allemand), qui donnent à ce segment d’ouverture un mouvement simple et régulier (alternance d’accents principaux, d’accents secondaires).

    Comme le lieutenant Liepe décrivant le bon déroulement des exécutions, comme le lieutenant Walther décrivant avec précision la place d’exécution choisie, Barbie détaille, précise, insiste.

    L’organisation syntaxique de l’arrestation se compose de cinq segments (phrases dites ‘indépendantes’, mais consécutives) pour ‘rapporter’ l’arrestation des enfants et du personnel :

    - [1] le lieu est vidé, /… le foyer juif d’enfants “colonie enfants” in Izieu-Ain…/
    - [2] les occupants arrêtés :

    [2’] enfants, /…41 kinder im alter von 3 bis 13 jahren/ 41 enfants âgés de 3 à 13 ans,

    [2’’] personnel :

    [2’’’] nombre d’adultes (globalité), /…10 Koepfen…/ 10 têtes

    [2’’’] Dont 5 femmes (singularité)

    Segments liés logiquement, mais aussi sémantiquement par des reprises : ainsi gesamt est repris dans l’adverbe insgesamt et comme adjectif pour désigner la capture de tout le personnel, de tous les enfants, jüdisch (forme de catégorisation qui est un soulignement) est répété deux fois pour caractériser le lieu (das jüdische Kinderheim) et le personnel. L’acte de capture — festgenommen (ont été capturés) est redoublée par le substantif Festnahme — la capture. Le verbe gelingen – réussir qui implique une préparation minutieuse de l’opération-surprise et son bon déroulement doit être traduit. S’y trouve inscrite la valorisation de l’action et des agents qui ont obtenu le « succès souhaité ». La première syllabe [GE], qui fait lien de signifiant avec GEsamt/insGEsamt 5), noue la réussite et la capture de la totalité des personnes présentes. Le compte y est, tel est le sens de gesamt. Pas de fuite possible, comme pour les Juifs et les Tsiganes du lieutenant Walther. Phrase introduite par ferner - en outre, un marqueur de progression (considéré comme «recherché» par le Langenscheidt). Une manière de commentaire, l’énonciateur souligne. D’autant que la séquence suivante doit énoncer un échec.

    Notons que la prosodie des deux premières phrases redouble efficacement la mise en valeur des deux participes passés : ausgehoben (vidé) et festgenommen (capturés) en clausule, deux rhèmes, qui portent l’information principale (Informationszentrum 6) et l’accent de phrase qui coïncide avec l’accent de mots, (aus/fest // hob/nomm). L’accompli est leur marque. Ils disent le passage à l’acte, l’accomplissement d’un projet. Des mots poids-lourds.

    L’étau s’est refermé sur 41 enfants — et 10 têtes (Köpfe) 6), qui en allemand peut se dire du bétail, mais aussi des humains faisant partie d’un ensemble. Information apportée dans une proposition participe (bestehend) qui a valeur de relative complétive. Le mot Kopf (tête) suivi de l’adverbe pronominal Davon, qui s’emploie aussi pour les choses, où donc s’entrecroisent humain-animal-chose, tend à effacer l’humain pour ne plus désigner qu’une abstraction, la partie d’un ensemble. D’où une discordance entre des formes de précisions concrètes et des formes qui tendent vers l’abstraction concernant les adultes comme élément d’un ensemble. Abstraction annulée en partie par l’ajout : Dont 5 femmes. Pourquoi cette mise en valeur dans un segment  autonome (ponctuation et majuscule) ? Serait-ce une précision jouissive apportée par le bourreau qui aimait à torturer, humilier les femmes arrêtées ? Il aurait pu dire : 41 enfants, 10 adultes ou 41 enfants, 5 hommes, 5 femmes, ou encore 41 enfants, 10 adultes dont 5 hommes. Des variations qui ne sont pas sémantiquement équivalentes. Le Je énonciateur absent a fait place à son double plus officieux qui opte pour l’information la moins neutre : 5 femmes, les hommes eux, restent pris dans les « 10 têtes ». Indifférenciés.

    Dans l’ordre : 41 enfants âgés de « de 3 à 13 ans », cinq femmes. Le sujet-cynique non seulement inverse — sur le mode spécifiquement nazi — le sens de l’expression les femmes et les enfants d’abord, mais il normalise un événement inouï — l’arrestation de très jeunes enfants dont il indique l’âge avec précision.

    L’inversion renvoie aux discours idéologiques, juridiques, implicites et partagés par le locuteur et les allocutaires (instances supérieures), qui autorisent à considérer des enfants âgés de 3 à 13 ans comme des malfrats parce que juifs, légitimant leur arrestation. Implicite qui participe de l’hétérogénéité énonciative de ce télex apparemment simple, qui, par ailleurs, s’explicite dans le constat : « argent liquide ou autres valeurs n’ont pas pu être mis en sécurité », renvoyant aux mythologies (des énoncés) de la puissance financière des Juifs et à leur capacité à les soustraire, la négation NICHT ne concernant pas le référent, mais l’existence logique, présupposée des richesses 7). Dans cette notation-clausule une modalisation fait signe, qui pointe à la fois le jugement qualitatif de l’énonciateur, et une fois encore, la relation interlocutive (à savoir les instances avec lesquelles sont partagées des représentations antisémites) : il n’est pas dit qu’ils n’ont RIEN trouvé, mais que rien n’a PU être saisi. Un échec qui renforce les implicites. Bargeld oder sonstige Vermoegenswerte-argent liquide ou autres valeurs… est une forme relativement complexe dans un court rapport pour désigner des richesses introuvables, Vermoegenswerte (pluriel) désignant des valeurs de capital, de patrimoine. Sonstig renvoyant au multiple, en ce cas, à des valeurs qu’il n’est pas utile de détailler. Le vide appelant le plein dans l’imaginaire du récepteur. L’implicite de cette désignation : le foyer d’enfants pouvait être une cache, abritant des objets de valeurs.

    Ferner gelang die Festnahme des gesamten juedischen Personals (En outre, on a réussi…) // Bargeld oder sonstige Vermoegenswerte konnten nicht sichergestellt werden (argent liquide et autres valeurs …) : deux segments opposés, sémantiquement (réussite/échec) et syntaxiquement (forme active (pour la capture des personnes) forme passive (pour les valeurs non trouvées). Deux formes discursives dans un style administratif où se trouvent énoncées deux visées du nazisme (topos des années 40 : dépossession ⇔ extermination), sous une forme concise et efficace. Se manifestent ici des éléments du circuit discursif dans lequel les SS, comme corps constitué, se reconnaissent. Non pas comme des «obéisseurs» (Befehlsnotstand), mais comme des «initiateurs zélés». Dans cette perspective, peut-être pourrait-on parler de sujet-SS. Reconnaissance qui est aussi un renforcement des croyances en la mission nazie et ses logiques.

    Le choix des mots, leur position, les formes adverbiales placées en tête dans une suite de propositions minimales qui met en valeur chaque information sont autant de marques de L’ÉNONCIATEUR, ou plus exactement de son double, le sujet-cynique qui, narrativisant les événements rapportés, s’en délecte secrètement. NON PAS UN SIMPLE RAPPORT INFORMATIF (Bericht), MAIS LE RÉCIT CONCIS ET SOBRE D’UNE «BELLE CAPTURE», porté par un double mouvement stratégique apparemment contradictoire, mais en apparence seulement : valorisation de l’action (gelingen/réussir) et banalisation de l’événement inouï. Le Fachmann, le technicien, l’expert de la police politique (Gestapo) rapporte les faits dans leur brutalité nue. Le saut dans l’immonde est vertigineux.

    Ce dont témoigne l’emploi de ausheben

    Le mot est composé du verbe heben — au sens large de soulever, et de la préposition polysémique aus qui porte l’idée d’origine (temporelle, locale, causale), l’idée d’extraction (en laissant un vide). Ces sèmes basiques sont présents dans les emplois — une huitaine — du mot ausheben dans des contextes différents. Ainsi, dans le terme militaire (lever, recruter une armée, des soldats), ces éléments basiques introduisent en allemand une nuance qui dialectise deux points de vue : celui du pouvoir, source de l’acte régalien du prélèvement dans une population, et celui des populations privées d’andres, qui subissent donc une perte, le prélèvement laissant un vide (aus). De même l’emploi technique de ausheben au sens de démonter une porte, une fenêtre renvoient aux sèmes basiques (extraire en soulevant).

    MAIS l’emploi le plus courant du mot est associé au micro-champ sémique du creusement, allant du jardinage au creusement de fondations en passant par les cimetières, par la guerre (creusement de tranchées, d’abris de protection, de fosses mortuaires…). L’emploi du mot par le lieutenant Walther dans son rapport était un emploi courant, voire constant au fil du temps, si répandu que le site de l’Université de Leipzig n’indique que cette valeur, associant le mot à des termes militaires désignant le trou (fosse, tranchée…) 8).

    Le dictionnaire des Grimm propose deux valeurs de langue interdépendantes :

    « 1) den dieb ausheben, aus dem bette nehmen, fangen (suit un exemple emprunté à Schiller) — capturer le voleur, le tirer du lit.

    2) vögel aus dem nest, eier und dann nester ausheben — prendre des oiseaux dans le nid, des œufs et ensuite vider des nids, «souvent employé pour les humains d’où la valeur 1)».

    Le sens moderne du mot serait l’extension d’un sens plus ancien de ausheben, à savoir : dénicher, vider un nid.

    Dans l’emploi qu’en fait Barbie, ces deux valeurs se superposent ou plus exactement s’impliquent : ausheben associé à Kinderheimfoyer d’enfants, suggère l’idée du nid vidé qui hante le sens policier, militaire (débusquer l’ennemi et l’arrêter). Heim étant un mot valeur dans la langue-culture allemande.

    Klaus Barbie disait donc bien avoir vidé un nid, abrité, aux aurores, et capturé des enfants, encore tièdes de sommeil, comme on capture des malfrats à l’aube. En ce cas, des malfrats de 3 ans à 13 ans. L’indication temporelle — in den heutigen Morgenstunden – aujourd’hui, aux heures matinales — acquiert un relief que sa forme de poncif avait effacé. Relief sémantique/prosodique : les points d’articulation contrastés des différents éléments (7 syllabes + 2 (en) effacées) donnent une sonorité en staccato à cette ouverture en singularisant chaque syllabe :

    heu-ti-g(en) /heu/ diphtongue aspirée et accentuée (accent de second degré du groupe Adj+N)

    Mor–gen-stun-d(e)n) /Mor/ syllabe brève qui porte l’accent de premier degré du groupe .

    Inutile d’un point de vue logique, le mode de transmission voudrait la brièveté, l’indication temporelle en ouverture, qui paraît incongrue dans un rapport dès la première lecture, qui sert à l’énonciateur à annoncer l’événement de la matinée qui fut une réussite pour les services d’information — et une satisfaction personnelle, participe de la banalisation de l’inouï. D’où cette tension entre la violence des faits rapportés et le mode d’exposition polissée (au sens de polir), comme si l’arrestation d’enfants, qui constitue la partie la plus importante du rapport, allait de soi.

    Notons la dissémination continue de l’occlusive sonore /g/ (ge, gen) du début à la fin du rapport. Sa fréquence appartient, certes, à la langue allemande, mais ici, elle me semble remarquable par le nombre (12), son entour feutré (nasales en particulier) la met en valeur et l’atténue, sonorisant le dit et le feutrant. Manifeste dans le segment : Ferner gelang die Festnahme des gesamten juedischen Personals, où le verbe porteur de la réussite gelang ‘sonorisé’ par un double /g/, est à la fois mis en valeur par son encadrement sonore de consonnes sourdes /n,f,r/, qui par ailleurs en atténuent la sonorité, et se trouve relancé par gesamt. Une syllabe non accentuée qui constitue le réseau prosodique d’une linéarité uniforme et close. Rythme neutre (de langue) qui participe de la banalisation/normalisation d’un fait inouï.

    Dans cette configuration, le sens (1) du verbe ausheben (vider un nid) est devenu valeur de discours qui l’apparente à un événement énonciatif au sens où l’emploi du mot porte la trace d’un sujet (en ce cas criminel). Si la capture d’oiseaux dans leur nid évoque des jeux cruels d’enfants, sa reprise par un adulte qui rédige un rapport — en tant que spécialiste de la traque et du renseignement — dans un contexte aussi dramatique, ouvre des abymes sur la jouissance nazie.

    « Le bilan de ma vie est absolument positif », disait Klaus Barbie dans l’avion qui le conduisait en France

    On entrevoit pourquoi, ces Täter ont été incapables de reconnaître leur culpabilité. N’ayant rien transgressé (ne serait-ce pas une catégorie optimiste ?), ils/elles se sont placés d’emblée dans un Au-delà dont on n’a pas à revenir. Un Au-delà qu’il est impossible de penser avec les catégories élaborées au fil du temps dans différents champs (religieux, politique, psychanalytique…). Ce dont les premiers initiateurs du Procès de Nuremberg étaient en partie conscients, quand ils tentaient d’élaborer un droit international nouveau pour juger ce type nouveau de «criminels», liés à des organisations elles-mêmes criminelles. L’histoire en fut longue et chaotique.

    *

    Où l’on voit que l’analyse discursive (systémique, dans mon vocabulaire) peut aller de l’énoncé le plus stéréotypé à l’énonciation, jeter un trait de lumière sur cet Autre de l’ombre qui modèle l’information à sa guise. L’Autre étant ce sujet-cynique (et ses variantes dans ma terminologie, sujet-tueur…) qui se constitue — ici — dans l’identification au pouvoir, en ce cas, le corps des SS, et au-delà au corps du pouvoir dans la figure du Führer. Au point qu’on ne sait plus QUI parle dans cette dialectique serrée du Dedans/Dehors. Le pouvoir nazi et/ou le sujet-cynique ? QUI produit QUI ? De la poule ou de l’œuf ? À coup sûr, une collision/collusion qui désigne TOUTES les productions langagières (allant du ’simple’ rapport … aux lettres des Täter) non comme des dérivés (appendices) du Discours du maître, mais comme MATIÈRE même constitutive du «réel nazi» s’autoproduisant/ se reproduisant sur une décennie, à travers ses agents, sujets de l’action  (Tun/Tat/Täter). Matière discursive où l’idéologique dévoile ses ancres de jouissance, affleurant dans des mots (Triebebefriedigung/ mot à mot : satisfaction de la «pulsion, de l’instinct, du zèle».)

    Où l’on entrevoit qu’une poétique du document pourrait servir et l’Histoire et la Justice…

    *

    Si de l’intime nazi ne peut se manifester que dans la langue de l’énonciateur, comment traduire ce qui affleure entre les mots, les formes syntaxiques organisatrices d’un dit où se manifeste de l’énigmatique de la barbarie radicale ?

    Je propose une traduction qui a perdu le staccato feutré de l’original et donc la voix germanique, froide et posée du Fachmann (qui a peut-être dicté son rapport) où le continu du corps et du langage devient visible :

    AUJOURD’HUI, AUX HEURES MATINALES, LE FOYER D’ENFANTS JUIFS “COLONIE ENFANTS” D’IZIEU-AIN A ÉTÉ VIDÉ. AU TOTAL ONT ÉTÉ CAPTURÉS 41 ENFANTS ÂGÉS DE 3 À 13 ANS. EN OUTRE, ON A RÉUSSI LA CAPTURE DE LA TOTALITÉ DU PERSONNEL JUIF. SE COMPOSANT DE 10 INDIVIDUS 9). DONT 5 FEMMES. ARGENT LIQUIDE OU AUTRES VALEURS N’ONT PAS PU ÊTRE SAISIS. LE TRANSPORT À DRANCY S’EFFECTUE LE 7.4.44.

    Le futur de la déportation est si proche, que le présent de erfolgt m’a paru justifié en français aussi 10). Erfolgt est un terme administratif qui a valeur d’injonction ici. Klaus Barbie a toujours fait diligence qui, en pleine déroute, exigeait que des trains soient mis à sa disposition pour déporter rapidement — à un moment où la Wehrmacht avait un besoin vital de trains pour transporter et des blessés et des troupes sur les fronts où pesaient des menaces sérieuses.

    En avril 1944, après la défaite de Stalingrad, le 2 février 1943, la guerre est déjà perdue, Barbie le sait, mais il continue SA guerre contre les Juifs et les ennemis de l’Idéologie nazie. Il continuera encore longtemps. Jusqu’au début de 1983.


    « L’homme nouveau vit au milieu de nous. Il est là », crie Hitler, d’un ton triomphant. « Cela vous suffit-il ? Je vais vous dire un secret. J’ai vu l’homme nouveau. Il est intrépide et cruel. J’ai eu peur devant lui. »
    Jean-Pierre Faye, Le langage meurtrier, HERMANN Éditeurs des sciences et des arts, 1962, p.109.


    Août 2003

    Post-scriptum

    En parcourant des recueils de documents, j’ai trouvé d’autres télex, sur un papier similaire à celui de Barbie, en majuscules, mais avec une date à 6 chiffres, en ‘style télégraphique’. Un exemple parmi d’autres :

    ESSEN FS. NR201 6.2.42 1830 = KR / OBJET : RAFLE DE JUIFS […]

    JE RAPPORTE :
    1) NOMBRE DE JUIFS DE NATIONALITÉ ALLEMANDE : 965 =

    2) NOMBRE [de juifs non allemands]. [...]

    Les formes des télex, télégrammes sont très diversifiées. Elles se distribuent entre deux grands pôles : le style télégraphique (modèle précédent) et le style du rapport rédigé. Variantes qui sont, par voie de conséquence, des variantes individualisées où se reflètent la culture du scripteur. Dans ces sous-ensembles (style télégraphique vs non télégraphique), le télex, signé Barbie, constitue une singularité parmi d’autres.

    À titre d’hypothèse (une déduction de survol), les documents qui rapportent arrestations, déportations de Juifs et d’opposants m’ont souvent paru plus individualisés que les documents qui rapportent des faits de guerre traditionnels. Ainsi, un télégramme qui fait état de la condamnation à mort de grévistes néerlandais commence par la liste précise des individus (noms, dates de naissance, état civil), se continue sur les raisons de la condamnation (séries de phrases causales) et s’achève sur une phrase énigmatique, les condamnés à mort sembleraient avoir plutôt suivi le mouvement (vielmehr nur). Cette double modalisation adverbiale (nur/ne…que est restrictif) et les points de suspension de la fin du télégramme interrogeraient-ils la sévérité de la condamnation ? [Dokumente des Verbrechens, dietz berlin, 1993, T 3, p.145]

    Décembre 2005

    Il importe que les victimes aient des visages. 11)

    http://members.aol.com/voyl/barbie/barbie.htm

    Les enfants d’Izieu/Ain

    Un témoin, Pierre Bois, dit ce qui était tu dans le télex : des coups de feu, des cris, les cris d’enfants terrorisés, jetés comme des sacs de pommes de terre.

    I heard the cries of the children that were being kid¬napped and I heard the shouts of the Nazis who were carrying them away… They threw the children into the trucks like they were sacks of potatoes. Most of them were crying, terrorized.

    Festgenommen empoignés. Avec violence. On mesure ici à quel point la forme du rapport barrait la représentation des faits et leurs conséquences.


    Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri.

    René Char

    Je dédie cette analyse à la fille de Barbie à la petite-fille de trois ans qu’elle a été — qui ne comprenait pas que l’on condamnât son père « après tant d’années ».

    ————————-

    1. Au mémorial d’Izieu, il est question de 44 enfants et de 7 adultes. 41 enfants furent déportés.
    La colonie d’Izieu fut créée par Sabine Zlatin, engagée volontaire comme infirmière de la Croix-Rouge en 1939, « Elle avait rassemblé des enfants juifs privés de leurs parents, déportés » […] « Réquisitionnée grâce à l’aide du sous-préfet de Belley, Pierre-Marcel Wiltzer, dans la zone occupée par les forces italiennes, où les persécutions raciales étaient moins intenses que dans le reste du pays, la Colonie des enfants réfugiés de l’Hérault, venus des camps d’internement du sud de la France, a accueilli au total, du printemps 1943 au printemps 1944, plus d’une centaine d’enfants et d’adolescents. La défaite du fascisme italien a entraîné la main-mise des nazis sur la région, où la Résistance était forte. Soit à la suite d’une dénonciation, soit à la suite d’une perquisition à Chambéry, comme l’explique Richard Schittly, journaliste au Progrès, dans son livre Izieu, l’innocence assassinée (1), la Gestapo de Lyon est venue, sur l’ordre de Barbie, rafler les quarante-quatre enfants présents à Izieu le 6 avril 1944, pour les déporter au camp de Drancy, près de Paris, puis à Auschwitz, où ils ont été assassinés. » JARREAU PATRICK dans le Monde du 26.04.94, date de la commémoration.

    2. Poliakov Léon & Wulf Joseph, Le IIIe Reich et les Juifs, Paris, Gallimard, 1959, 3è édition, p. 210. D’une manière générale, le document administratif, considéré du seul point de vue de son contenu informatif, est traduit sans grand ménagement. Ici, l’imitation du style télégraphique fait contresens, au matin [3 syllabes] pour in den heutigen Morgenstunden [9 syllabes] appauvrit l’indication temporelle.

    3. Si masqué qu’une historienne/sociologue allemande à qui je posais quelques questions sur ce document n’a vu qu’un vulgaire télégramme en « style bureaucratique », « de la langue nazie type » (?). Une fois encore, ce sont des « Ossi » (ex-Berlin-Est), qui ont compris mes questions, parce que sensibles au langage du politique, à ce qu’ils/elles appellent le Subtext (tout ce qui se passe entre les mots, les formes…).

    4. Le site DWDS [http://www.dwds.de/] offre un corpus impressionnant d’emplois, dont de nombreux exemples empruntés à la littérature utilitaire – Gebrauchsliteratur, mais surtout à la presse, au journal nazi Völkischer Beobachter (Berliner Ausgabe), à la Wehrmacht, et même à Hitler (Unser Kampf für den Frieden, in: Der Führer 01.04.1935, S. 1). Une forme temporelle stéréotypée, évocatrice de l’aurore. Avec en arrière-plan ses mythologies qu’un proverbe résume : Morgenstunde hat Gold im Mund (mot à mot : l’heure matinale a de l’or en bouche). Dans les exemples, nombreux, empruntés au journal nazi, le Völkischer Beobachter, l’aurore est le plus souvent associée à des événements collectifs heureux, les manifestations nazies commencent tôt le matin ou se prolongent jusqu’aux aurores (éditions berlinoises du 01-02.03.1935). À partir de 1940, le vent tourne, les exemples empruntés à des rapports de la Wehrmacht sont associés aux bombardements, attaques, offensives.
    L’indication temporelle est généralement suivie d’une date ou d’un jour précis : In den frühen Morgenstunden des […]. L’adjectif heutig (aujourd’hui) est nettement moins fréquent que früh (tôt). Cf. Une très intéressante étude de FACQUES Bénédicte sur le mode de narration journalistique (2005). « Le présent de reportage dans la presse quotidienne ». Corela, Numéros spéciaux, Colloque AFLS. Accessible en ligne à l’URL :
    http://edel.univ-poitiers.fr/corela/document.php?id=259

    5. Fréquents dans les rapports de SS, ils énoncent 1) le fantasme de totalité (gesamt est alors associé à population, village, ville, Protectorat (annexions), 2) le goût de la comptabilité, insgesamt précédant la somme des dénombrements : par ex. « 54 pendaisons + 143 exécutions (N.D.A. armes à feu) = au total-insgesamt 197 (dont 16 Juifs) », insgesamt n’étant pas indispensable après le signe arithmétique devient indice. Ces deux mots sont, comme dans le télex de Barbie, souvent associés dans le corps du document à sonstig (autres, autres mesures, autres initiatives). On a donc au plan sémantique le schéma suivant : [gesamt/insgesamt vs sonstig // totalité vs multiple]. Avec une différence : dans les rapports de longueur variable les 3 constituants du schème sémantique sont disséminés, dans le télex de Barbie, ils sont mitoyens.

    6. Du point de vue pragmatique, Jean-Marie Zemb soulignait l’importance de la syllabe portant l’accent de phrase, constituant son centre d’information (textlinguistisch von Bedeutung), l’accent de phrase ayant une fonction importante comme force de cohésion de l’ensemble de la phrase. Si cet accent est non marqué, donc indépendant de l’énonciateur, en revanche, son emploi contrasté et emphatique lui offre des espaces d’intervention subjective. Cf. Zemb, op.cité, p.152 et suiv.

    7. Dans les Structures logiques de la proposition allemande, contribution à l’étude des rapports entre le langage et la pensée, Paris, O.C.D.L.,1968. (Thèse), Jean-Marie Zemb a mis en évidence la valeur logique du négateur nicht, qui donc ne concerne pas l’existence physique du référent, mais son existence logique.

    8. wortschatz.informatik.uni-leipzig.de
    Ausheben est associé à une trentaine d’occurrences qui sont des variantes du mot trou : Schützengräben (53), Grube (52), Gräben (42), Grab (39), Bagger (36), Gruben (35), Baugrube (34), Massengräber (28), Panzergraben (24), etc.

    9. Tête, en français, a le défaut d’expliciter le mépris.

    10. L’axe temporel est construit sur le prétérit — le passé de la rafle — et le présent de l’énonciation (rédaction du rapport) qui prévoit la déportation dans un futur quasi immédiat. Trois temps dissociés dans le réel, mais imbriqués dans le rapport : le temps de l’action aux aurores, le temps du rapport dans la soirée, le 6.4, qui performative (erfolgt) le transfert à Drancy, prévu pour le lendemain, le 7.4. Une concrétion temporelle (passé/présent/futur) de l’action-éclair — le Blitz nazi. La déportation de Drancy à Auschwitz eut lieu les 13 et 20 avril, le 30 mai, le 30 juin 1944. Cf. Les enfants d’Izieu, une tragédie juive. Documentation réunie et publiée par Serge Klarsfeld, président de l’association les Fils et Filles de déportés juifs de France. Editions AZ Repro-Paris, 1984, 127 pages.
    « En France, plus de 11 000 enfants de moins de 18 ans ont été déportés par les nazis. Depuis plus de vingt ans, l’historien Serge Klarsfeld, à la tête de l’association des Fils et filles des déportés juifs de France (FFDJF), s’attache à redonner un visage à ces victimes. De ce travail est née, notamment, une exposition, présentée depuis mars 2002 dans quinze gares françaises, dont la gare du Nord, jusqu’au 19 juillet. » Le Monde du 17 juillet 2004.

    11. Photographie trouvée sur internet, lors d’une relecture, fin décembre 2005 : “D’Izieu à Auschwitz, le martyre de 44 enfants”, Le Figaro du 28 mai 1987.

    feliepastorello-boidi


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